Les Québécois ont écouté pas moins de 32 milliards de chansons sur différentes plateformes numériques, l’an dernier, révèle une récente note d’information de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). Cependant, l’engouement pour Spotify, Tidal, Apple Music et les autres semble être sur le point d’atteindre un plateau.
En effet, indique l’ISQ, la croissance du nombre d’écoutes n’a été que de 3%, l’an dernier, alors qu’elle était quatre fois plus importante, en 2024 (12%), et atteignait même 16%, en 2023.
Ce phénomène n’est cependant pas limité au Québec; à la grandeur du pays, pour 2025, 2024 et 2023, la croissance du nombre d’écoutes de chansons en ligne a ainsi été de 6, 10 et 15%, respectivement. Idem aux États-Unis, où un ralentissement similaire a aussi été constaté.
Doit-on y voir une saturation du marché? L’ISQ ne se prononce pas, mais peut-être est-il plutôt question d’un nombre maximum de minutes que l’on peut consacrer, dans une j0urnée, à l’écoute de la musique. D’autant plus que si, comme l’indiquent les données pour 2025, la moitié des chansons écoutées ont été lancées il y a plus de cinq ans, peut-être les mélomanes s’ennuient-ils après avoir écouté toujours les mêmes vieux succès.
À l’opposé, révèle encore la note d’information, les nouveautés, c’est-à-dire les morceaux lancés depuis moins de 18 mois, ne représentaient que 28% des écoutes, l’an dernier. Il s’agit d’une baisse de six points de pourcentage par rapport à 2024.
Pour expliquer cette tendance, l’ISQ évoque entre autres « la redécouverte de classiques, favorisée par les recommandations algorithmiques », mais aussi « la mise en valeur de listes de musique favorisant les anciennes pistes, qui ont souvent des taux d’écoute plus stables que les nouveautés ».
Sans surprise, autrement, plus de la majorité des écoutes de musique en numérique (71%) sont recensées dans le Grand Montréal, ce qui pourrait s’expliquer par une population plus jeune, mais aussi un taux de branchement à internet plus important.
Le déplacement de la population vers son lieu de travail pourrait aussi « expliquer l’écart entre le poids de la ville de Montréal en matière de population (24% du Québec) et son poids en matière d’écoutes (55%) », écrivent les spécialistes de l’ISQ.
Effondrement de la vente des CDs
Est-ce la fin des supports physiques? Cela semble certainement être le chant du cygne pour les disques compacts, au Québec: l’an dernier, il ne s’en est vendu que 500 000, alors qu’une vingtaine d’années plus tôt, en 2004 – bien avant la démocratisation des lecteurs MP3, des téléphones intelligents et des plateformes d’écoute en ligne –, le total atteignait plutôt 13 millions, soit au moins deux disques vendus pour chaque Québécois, à l’époque.
Le vinyle, lui, demeure l’irréductible Gaulois face aux hordes numériques, avec des ventes en hausse de 311% depuis 2015. Cela ne représente toutefois, pour 2025, que 400 000 disques écoulés.
Paradoxalement, si les Québécois écoutent plusieurs dizaines de milliards de chansons en numérique, ils n’achètent pas ces chansons, pas plus qu’ils n’achètent d’albums numériques: tous ces supports sont eux aussi en chute libre depuis 2016.
La musique d’ici loin, très loin
Enfin, non seulement la musique dans la langue de Molière n’est-elle pas à l’ordre du jour, pour les mélomanes se tournant vers les plateformes, mais les artistes québécois sont également à la peine.
Ainsi, à peine environ 10% des chansons écoutées l’ont été en français, alors que l’anglais représente la part du lion, avec 83% des écoutes.
Et si les chansons québécoises écoutées en 2025 étaient à plus de 80% en français, elles ne représentent que 7% de toutes les pistes jouées sur les plateformes, cette même année.





