On ne peut certainement pas reprocher aux gens de DC Comics de vouloir rendre justice au Chevalier noir; les amateurs de Batman ont en effet eu droit, depuis quelques années, à de nombreuses adaptations des comics les plus appréciés de cet univers. Et voilà que la première partie de l’excellente série Knightfall débarque sur Amazon Prime.
Réalisée par Jeff Wamester, ce Knightfall: Part 1, prosaïquement nommée Knightfall (on le saura!), rappellera certainement un certain The Dark Knight Rises de Christopher Nolan, qui s’est clairement inspiré des comics pour le troisième volet de sa propre trilogie.
Dans la version animée, donc, on y suit un Batman traumatisé par le départ du premier Robin, Dick Grayson, et par la mort du second, Jason Todd. Cela n’est pas pour rien, en fait, qu’il s’est tourné vers une psychologue, la Dre Shondra Kinsolving, pour obtenir de l’aide.
Parallèlement, nous suivons aussi le terrifiant Bane, autrefois un garçon ayant grandi dans une prison sinistre, puis ayant été victime d’abus à répétition, avant qu’on ne lui injecte un sérum le transformant en montagne de muscles sanguinaire.
Persuadé que toute empathie est un signe de faiblesse, Bane voudra « casser » Gotham, dont il perçoit les difficultés économiques et sociales comme autant de preuves d’une incapacité à préserver les forts et punir les faibles. Et pour y parvenir, il cherchera à faire disparaître Batman, qu’il voit comme la dernière béquille sur laquelle s’appuie la mégalopole.
Certes, ce scénario ne réinvente pas la roue, surtout si l’on a vu la trilogie de Nolan, justement, mais il est toujours intéressant d’explorer, avec une certaine subtilité, les questions de la responsabilité individuelle par rapport au collectif, la peur de ne jamais être à la hauteur, le traumatisme de la perte d’un être cher…

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Des idées toujours pertinentes
Encore une fois, les thèmes sont connus, mais dans une époque où l’individualisme autodestructeur est alimenté par les excès du capitalisme, mais aussi l’incurie des politiciens de droite (et d’extrême droite), sans compter les influenceurs, les masculinistes, les tenants du couple « traditionnel », les opposants aux droits des femmes et des membres de la communauté LGBTQIA+, etc., il est certainement nécessaire de rappeler que non, les valeurs promues dans Atlas Shrugged, ou encore par le mégalomane Andrew Ryan dans Bioshock ne sont pas un exemple sociétal à suivre.
Bien sûr, on comprendra que le titre de cette première partie – et de l’ensemble de la série, incidemment – a au moins deux significations différentes (mais complémentaires): la chute du Chevalier noir, d’abord, sans compter la présence du personnage d’Azrael, avec certaines considérations religieuses et surnaturelles, mais aussi la tombée de la nuit – nightfall –, ce qui présuppose, dans une perspective plus vaste, l’apparition des ténèbres, la plongée de Gotham dans la noirceur, la violence, la corruption, la décadence et la destruction.
Parlons-en de Gotham, d’ailleurs: la mégalopole a toujours un peu eu des allures de cité des morts mêlant inspiration gothique et art déco, y compris dans la trilogie de Nolan, mais ici, on a plutôt droit à un mélange d’esthétique des années 1920 et 1930, comme dans Batman: The Animated Series, et un soupçon de Batman: Beyond, où les tours gigantesques évoquent la Néo-Tokyo d’Akira.
Nous voilà donc avec cette première partie d’une trilogie fort prometteuse, avec une qualité visuelle franchement intéressante, et des dialogues et des séquences d’action tout à fait satisfaisantes. Que demander de plus?





