Comment faire, au juste, pour rendre compte – sur grand écran – de l’ampleur et de la complexité des systèmes financiers ayant conduit à la crise des subprimes, au début des années 2000? On peut emprunter la voie du drame, avec l’excellent Margin Call, ou l’on peut se tourner vers un mélange de récit biographique et d’humour, avec The Big Short.
Sorti sur les écrans en 2015, et couronnée de l’Oscar du meilleur scénario adapté, ce long-métrage est une bien étrange proposition. Tout d’abord, parce qu’il se donne comme double objectif de non seulement expliquer cet effondrement du marché des hypothèques (et des obligations qui y étaient accolées), en raison de produits financiers si complexe que les gens qui les créaient et les vendaient ne s’y retrouvaient pas toujours.
Ensuite, parce que le réalisateur Adam McKay, qui a coscénarisé cette adaptation du livre autobiographique de Michael Lewis, paru en 2010, est surtout connu pour des comédies mettant en vedette Will Ferrell. Anchorman, Talladega Nights, Step Brothers… M. McKay a l’expérience de la comédie déjantée. Mais comment parler d’enjeux de réglementation financière?
La solution est à la fois simple et complexe: nous avons droit à une brochettes de personnages tous un peu plus étranges que les autres, notamment Christian Bale, dans le rôle d’un gestionnaire de fonds de placement plus doué avec les chiffres qu’avec les gens; Steve Carell en homme qui avoue candidement « être heureux quand il est malheureux », deux types qui ont créé leur propre firme de placements dans leur garage… La liste est longue.
Sans compter Brad Pitt, qui joue un ancien boursicoteur devenu parano, ou encore Ryan Gosling portant une perruque qui jure autant que son faux bronzage.
Mais tous ces gens voient quelque chose: les grandes banques engrangent des milliards en vendant des produits financiers composés des hypothèques des gens ordinaires.
Normalement, ces produits sont stables, et les revenus sont garantis. Après tout, une maison est non seulement un placement pour l’avenir, c’est aussi un bien dont la valeur doit normalement continuer de grimper.
Sauf qu’avec les années, et pour maximiser les profits, les hypothèques stables les plus alléchantes ont été mélangées à celles de gens aux conditions économiques plus incertaines, qu’il s’agisse de mauvais payeurs, ou encore d’individus à qui on a fait croire qu’ils pouvaient s’offrir une tranche du rêve américain, sans en avoir les moyens.

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Des conséquences prévisibles
Éventuellement, les gens incapables de payer leur hypothèque font faillite. Une reprise de propriété, ce n’est pas trop mal. Des millions de reprises de propriété, sans personne pour racheter ces maisons, c’est une catastrophe pour les banques. D’autant plus que les produits financiers qui étaient adossés à ces hypothèques ne valent plus rien.
La chose est grandement simplifiée, certes, mais on comprend rapidement, dans The Big Short, comment le système a pu en arriver là: appât du gain, avarice, ignorance (voulue ou accidentelle) des autorités réglementaires, inflation, stagnation des salaires, effritement du filet social, consumérisme… Tout se télescope pour créer ce qui aurait bien pu couler l’économie mondiale.
Pour s’assurer que le public comprenne, le réalisateur n’hésite pas à briser régulièrement le quatrième mur, y compris en suspendant l’action, le temps que des gens, spécialistes en économie ou non, se tournent vers la caméra et expliquent des concepts.
Et… ça marche! Le film a beau durer deux heures et des poussières, on n’a jamais le temps de s’ennuyer. Il est toutefois franchement doux amer de constater que tous nos protagonistes principaux, ceux qui tentent, en vain, de prévenir contre cette catastrophe imminente, en profitent pour parier que le marché va justement s’effondrer.
Avec, à la clé, des millions, voire des milliards de dollars qui termineront dans leurs poches. Après moi, le déluge? Peut-être, mais est-il éthique de devenir riche sur le dos des millions de personnes qui finiront par perdre leur emploi, leur maison, ou même plus…
Juste assez étrange pour attirer l’attention, subtilement (et profondément) militant, avec des acteurs particulièrement solides, The Big Short déconcerte, fâche et fascine. Pari réussi, donc.





