Le regretté auteur de science-fiction Iain Banks avait l’habitude des univers littéraires gigantesques; après tout, sa fascinante série de la Culture s’étendait d’un bout à l’autre d’une galaxie, avec un nombre largement infini de personnages, de mondes et d’histoires envisageables. Mais dans La plage de verre, d’abord publié en 1993, nous avons droit à quelque chose d’étrangement différent.
Différent, oui, car l’auteur campe ici l’action de cette saga de SF au sein d’un seul système solaire. C’est déjà beaucoup, pourra-t-on dire avec raison, mais il n’en reste pas moins que les personnages sont ainsi « forcés » de demeurer largement aux mêmes endroits.
Cela ne veut pas dire que nous n’aurons pas droit au foisonnement habituel de M. Banks en matière d’atmosphère, de personnages, de factions, de références historiques, bien au contraire…
Car si notre personnage principal, Sharrow, une aristocrate largement déchue et ex-pilote de vaisseau de combat forcée de partir à la recherche du Canon Lent, une arme d’une puissance cataclysmique, ne peut essaimer à travers la galaxie, c’est que le système solaire où nous suivrons ses aventures est en fait un point minuscule perdu au milieu de l’immensité intersidérale.
Rien à moins d’un million d’années-lumière; même avec une possible propulsion hyperspatiale, il est impensable de penser aller chercher une pinte de lait autour de l’étoile voisine.

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Solitude, quand tu nous tiens
Cela n’est pas pour rien, après tout, que le titre original du roman est Against a Dark Background. Ou, dans la langue de Molière, Sur fond sombre. Banks évoque ici la solitude, l’isolement, ce qui force les humains vivant dans ce système solaire à vivre constamment dans les ruines de leur passé. Et ruines est probablement le bon mot.
Car dark background a plus d’un sens, ici: le vide de l’espace, certes, mais aussi une histoire commune que l’on souhaiterait probablement enterrer, oublier. Il faut penser, aussi à l’unes des conséquences logiques d’un passé difficile: parle-t-on également des retombées radioactives toujours présentes d’une guerre survenue il y a plusieurs millénaires?
Après tout, on évoquera, à plusieurs reprises, l’arrivée du « décamillénaire » de la civilisation dans ce système solaire. Dix mille années d’existence, pour une civilisation technologiquement avancée, c’est déjà quelque chose de difficilement envisageable, pour nous.
Imaginez, en plus, si notre héroïne, elle-même un symbole d’une structure de pouvoir dépassée depuis belle lurette, se doit de retrouver des artefacts vieux de plusieurs milliers d’années, le tout en évoluant à travers les fantômes de milliers d’années de luttes politiques, de mouvements sociaux, de révoltes, de révolutions, de guerres…
Sera-t-on étonnés, ensuite, de constater qu’il se dégage une grande mélancolie de cette histoire semblant nous confirmer l’adage voulant que nous sommes condamnés à répéter les erreurs du passé? Peut-on d’ailleurs simplement y échapper, à ce passé? Cela en vaut-il la peine, en fait?
Audacieux, déconcertant par moments, débordant d’informations en tous genres, La plage de verre prouve qu’Iain M. Banks n’avait pas son pareil pour créer des univers foisonnants et passionnants. À lire.





