Après avoir remporté un succès phénoménal avec sa bande dessinée Zaï zaï zaï zaï et scénarisé les deux plus récents albums des aventures d’Astérix le Gaulois, Fabcaro se lance maintenant dans la parodie avec Les cinq ami-e-s l’échappent belle in extremis, un pastiche hilarant des romans jeunesses de la Bibliothèque rose.
Alors que s’amorce le premier jour des vacances d’été, Garance Barral et son frère aîné Nathanaël se rendent à la gare pour accueillir leurs cousins Apolline et Bruno. Au programme: baignades à la mer, dégustations de glaces, balades en vélo et jeux, mais leurs plans sont rapidement chamboulés. Lors d’un apéritif servi en l’honneur des nouveaux voisins de la famille qui viennent d’emménager dans la maison à côté de leur villa située dans la commune de Juan-les-Bains, le dossier CFRBL, un document top secret détaillant la composition de la farce des raviolis en boîte de chez Lidl, est volé dans le bureau du père, Charles. Ne dédaignant jamais une aventure impromptue, les quatre jeunes et leur chien Attila décident alors de mener l’enquête pour mettre la main au collet des coupables.

Les cinq ami-e-s l’échappent belle in extremis détourne brillamment les codes du célèbre Club des Cinq d’Enid Blyton pour livrer une parodie mordante, et souvent politiquement incorrecte. Les jeunes héros intrépides, les vacances d’été, les adultes naïfs, les repas interminables et les rebondissements artificiels sont tous présents, tout comme le style d’écriture, ponctué de points d’exclamation toutes les trois phrases. Fabcaro fait preuve ici d’un humour corrosif, où personne n’échappe à son regard acidulé. Les nostalgiques, les progressistes, les conservateurs, les médias, les militants, les théories du complot, les réflexes xénophobes, les discours bien-pensants ou les travers du quotidien, l’auteur fait flèche de tout bois, s’amusant à observer les absurdités humaines et à les pousser jusqu’à leurs conséquences les plus ridicules.

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Les héros du livre, les cinq ami-e-s en question, sont unidimensionnels à l’extrême, et ne possèdent qu’un seul et unique trait de caractère les définissant. Garance est blonde, et aime résoudre des mystères. Nathanaël, l’aîné de la bande du haut de ses 13 ans, est un sportif. Bruno, le cousin adopté suite à la mort de ses parents dans un accident de la route, semble affligé de toutes les maladies possibles et inimaginables. Quant à elle, Apolline a ses règles, ce qui l’empêche de faire n’importe quelle activité, du vélo à la baignade. Le cinquième compère de la bande est le chien Attila, dont les pattes de derrière ont été remplacées par des petites roues depuis que le père Barral l’a malencontreusement écrasé en reculant sa voiture.
Dès les premières pages, il est clair que l’intrigue policière n’est qu’un prétexte, et c’est tant mieux, puisque les jeunes s’avèrent des enquêteurs particulièrement ineptes, accumulant les raisonnements fallacieux, les conclusions hâtives et les comportements irrationnels, ce qui donne naissance à une succession de situations toujours plus grotesques. Alors que tous les indices pointent vers les voisins, les cinq ami-e-s sont persuadés que les coupables du vol sont deux jeunes roumains croisés à la plage. Ils tentent constamment de retrouver les suspects, mais ne cessent de les confondre avec des asiatiques, un vieillard, et même deux choux rouges posés sur l’étal à l’épicerie. On peut difficilement parler de fins limiers.

La parodie de la Bibliothèque rose ne s’arrête pas au texte. Même la couverture du livre emprunte le style visuel caractéristique de cette collection, tout comme les nombreuses illustrations à l’intérieur, qu’il s’agisse de dessins en noir et blanc à l’encre, d’aquarelles, ou de photos. Certaines images sont accompagnées d’une courte BD, où l’auteur discute avec son éditeur, qui cherche à comprendre ce qu’elles font là. De nombreuses références aux dix-sept autres livres imaginaires de la série, avec des titres aussi improbables que Les cinq ami-e-s envahissent le Groenland ou Les cinq ami-e-s contre les vieux qui passent devant tout le monde comme si de rien n’était à la boulangerie, prolongent le pastiche jusque dans ses moindres détails.
Même ceux et celles qui ne sont pas familiers avec les ouvrages de la Bibliothèque rose ne pourront s’empêcher de rire aux éclats à la lecture de ce faux roman d’aventures drôle, irrévérencieux, intelligent et constamment imprévisible, qui constitue une démonstration éclatante du talent de Fabcaro pour détourner les codes de la culture populaire.
Les cinq ami-e-s l’échappent belle in extremis, de Fabcaro. Publié aux éditions 6 pieds sous terre, 104 pages.





