Didier Conrad, le dessinateur ayant remplacé Uderzo depuis 2013, fait de nouveau équipe avec le scénariste Fabcaro pour Astérix en Lusitanie, le quarante-et-unième album de la série dans lequel les deux plus célèbres Gaulois de la bande dessinée se rendent au Portugal afin d’essayer de corriger une grave injustice.
Un beau matin, un Lusitanien du nom de Boulquiès débarque au village des irréductibles gaulois. Accusé d’avoir tenté d’empoisonner César avec son garum (une sauce à base de poisson très appréciée des Romains), son meilleur ami, Mavubès, est sur le point d’être jeté en pâture aux lions pour un crime qu’il n’a pas commis. Le chef Abraracourcix accepte d’envoyer Astérix et Obélix à la rescousse du pauvre homme. Les deux compères devront non seulement le délivrer de la prison où il est enfermé, mais aussi prouver son innocence. Sur place, ils se retrouveront au beau milieu d’un complot du gouverneur Pluvalus visant à détrôner Jules César.
Reprendre le flambeau d’une franchise aussi iconique de la bande dessinée franco-belge constitue un défi de taille, que Fabcaro et Didier Conrad (le même duo qui avait signé l’album précédent intitulé L’iris blanc) relèvent haut la main avec Astérix en Lusitanie. Ils puisent dans le riche passé de la série pour ce nouvel opus, notamment avec Boulquiès, un personnage aperçu précédemment dans Le domaine des dieux, mais ils ramènent aussi les célèbres pirates. Signe des temps, Baba, le corsaire Noir assumant la vigie, prononce les « R » maintenant. Même un membre de son équipage remarquera le changement dans un phylactère.

S’ils ont voyagé un peu partout au fil de leurs aventures, Astérix et Obélix n’avaient encore jamais mis les pieds en Lusitanie (l’ancien nom du Portugal) avant cet album. Comme le faisait si bien René Goscinny, Fabcaro parvient à caricaturer ce peuple sans offenser, et les traits culturels mis de l’avant dans l’album sont tout d‘abord leur consommation de morue, mais surtout la saudade, un sentiment complexe typique des Lusitaniens où se mêlent mélancolie, nostalgie et espoir, et qui finira par troubler le moral d’Obélix, déjà affecté par un régime alimentaire manquant cruellement de sanglier.
Pour le reste, Astérix en Lusitanie contient tous les ingrédients ayant fait le succès de la série : un humour léger et bon enfant, quelques anachronismes (dont un clin d’œil à la controversée réforme des retraites en France ou une pique sur les mots de passe, qui doivent comporter un chiffre et un symbole), ainsi qu’une foule de personnages aux noms rigolos, comme le marchand Épidemaïs, le traître Pirespès, le cuisinier Vindemès ou encore le banquier Lefricséchix. Se teignant les cheveux et les moustaches en noir pour passer inaperçus, les deux Gaulois se rebaptiseront d’ailleurs Tiquédequès et Crèmépès.

Les dessins de Didier Conrad dans Astérix en Lusitanie ressemblent à s’y méprendre à ceux d’Uderzo, avec ses personnages tout en rondeur affublés de gros nez, ce qui plaira aux puristes. L’artiste insère aussi plusieurs gags visuels dans ses cases : la parodie d’une enseigne moderne avec le garage Essão, ou une « charavane », soit une maison sur roues tirées par deux bœufs. Il y a même un clin d’œil au comédien britannique Ricky Gervais, dont les traits ont clairement inspiré le personnage de Nouvelopus. Comme le veut la tradition, l’album se termine sur la classique scène de banquet au village, avec Assurancetourix bâillonné et attaché à un arbre.
Même si j’ai ri davantage à la lecture de L’iris blanc, Astérix en Lusitanie demeure un très bon album, dans lequel Fabcaro et Didier Conrad continuent de faire vivre ces légendes de la bande dessinée franco-belge pour le plaisir des petits comme des grands.
Astérix en Lusitanie, de Fabcaro et Didier Conrad. Publié aux éditions Albert René, 48 pages.





