Manlio Parrini, réalisateur italien de renom qui a claqué la porte du milieu, il y a 30 ans, envisage un retour. Son sujet? La vie et l’oeuvre d’Augusto De Angelis, l’un des pionniers de la littérature policière italienne, sous Mussolini, mort dans d’étranges circonstances, vers la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Mais dans Broken Truths, bien des choses se cachent dans l’ombre…
Écrit par Alessandro Robecchi, l’un des grands maîtres italiens du polar, ce roman paru chez OtherPress pourrait sembler court, au premier regard, avec ses 282 pages bien tassées. Mais il n’en est rien. Car derrière ce projet de film, on trouve une énigme enchâssée dans un mystère.
Tout d’abord, il faut savoir que M. De Angelis a bel et bien existé, et que l’homme, avec ses histoires de détective usant de logique et de déduction, s’est peu à peu attiré les foudres de l’appareil totalitaire fasciste de l’époque. Lentement étouffé par la censure, presque jeté à la rue par le régime, qui réprime toute culture « dissidente », le voilà qui est férocement battu, au début de 1944, avant de mourir peu de temps après.
Et en voulant réaliser un film sur cette figure littéraire, Manlio Parrini se retrouve lui aussi coincé dans une sorte d’appareil de censure, avec un possible producteur qui tient mordicus à imposer une équipe, une structure, des acteurs. Histoire d’avoir l’imprimatur d’un grand studio américain.
Le plus intéressant, toutefois, c’est qu’alors que notre réalisateur s’intéresse à la mort de celui qui l’inspire, une affaire jamais vraiment réglée – un cold case vieux de trois quarts de siècle, comme diraient les Anglais –, sa voisine, une femme âgée, est assassinée, ce qui déclenche une vaste enquête à laquelle il sera obligé de participer… contre son gré.
Un film, deux affaires policières intrigantes, un lien entre deux époques éloignées… Le tout raconté d’une main de maître par un écrivain qui connaît l’importance de prendre son temps, de laisser les choses se développer d’elles-mêmes. Un bijou de littérature policière qui penche davantage vers la réflexion, plutôt que vers l’action, la violence et l’hémoglobine. Doit-on établir un parallèle entre M. Robecchi et M. De Angelis? Poser la question, c’est y répondre.
Broken Truths, d’Alessandro Robecchi, publié chez OtherPress, 282 pages





