La guerre, c’est l’enfer, y compris pour ceux et celles qui sont affectés par la bande. Sans oublier, bien sûr, les personnes envoyées directement sur la ligne de front, sans grand espoir d’en revenir. Ainsi se déroulent The Innocent Days of War, un roman de l’auteur italien Mario Fortunato.
Avec un titre que l’on pourrait traduire par Les jours innocents de la guerre, M. Fortunato, longtemps critique littéraire pour le magazine L’Espresso, et toujours chroniqueur pour le journal allemand Süddeutsche Zeitung, propose une lecture différente de la Deuxième Guerre mondiale. Plutôt que de présenter des récits héroïques (ou horribles) se déroulant sur les champs de bataille, nous avons plutôt droit à des gens ordinaires, autant italiens que britanniques, qui se retrouvent coincés dans l’engrenage de la violence et de la mort.
Nous avons donc, à Londres, Edna et Alastair, deux amis proches qui sont séparés par les combats, alors que la première devient infirmière et le second, aviateur. Nous avons aussi, dans un petit village italien, Stefano, Sergio et Nina, entre qui naîtra un genre de triangle amoureux, pendant que les deux premiers travaillent aussi à établir une cellule de résistance contre le fascisme de Mussolini, et que la jeune Nina finira par marier Stefano, qui est veuf de la soeur aînée de celle-ci.
Ce que l’auteur réussit à nous montrer, outre cette omniprésence de la guerre, c’est justement cette volonté de vivre, de survivre, tout en tenant compte de la dure réalité de l’existence: ce n’est pas parce que de grands événements se produisent, à l’échelle planétaire, que notre vie quotidienne s’interrompt.
Au contraire, nous devrons nous adapter peu à peu aux changements, mais la routine va perdurer, que l’on soit juriste, infirmière, aviateur… Le portrait est donc bigarré, avec ces moments de grande tranquillité combinés à de brèves périodes de danger mortel. Et cela, c’est sans compter ces amis, ces connaissances, ces membres de la famille envoyés au combat, qui en Afrique du Nord, qui en Union soviétique.
C’est peut-être là, d’ailleurs, que l’écriture de l’auteur perd un peu de sa superbe. On sent pertinemment, à travers cette plume nerveuse, volubile, en quelque sorte, que l’on cherche à nous exprimer des sentiments complexes, à la fois une volonté de vivre, mais aussi une nervosité, voire un sentiment de dénuement devant l’implacable marche de l’histoire.
On a toutefois l’impression que ces récits, ceux des deux Italiens envoyés à la guerre, sont quelque peu décousus, incomplets. Est-ce une question de manque de temps? D’espace? D’idées? On nous propose pourtant des images moins souvent vues dans la littérature occidentale, soit ces vies de prisonniers loin de chez eux, qui apprennent à vivre avec « l’ennemi », jusqu’à en revenir transformés. Il ne fait aucun doute que l’on aurait gagné à étoffer ces passages, entre autres sections jugées un peu maigres, s’il l’on peut dire.
The Innocent Days of War est un ouvrage différent, rafraîchissant. Une autre vision de la déferlante d’horreur et de violence qui a englouti le monde pendant beaucoup trop d’années. Un roman bien intéressant à ajouter à sa bibliothèque, si l’on souhaite découvrir une autre façon de vivre alors que tout semble s’effondrer. Nous en avons bien besoin, après tout.





