Il est temps de tourner la page: cela semble, du moins, être le cas pour George Smiley, ancien responsable au sein du Cirque, le surnom donné aux services de renseignement britanniques. Mais après une carrière consacrée à la lutte contre l’ennemi soviétique, un combat mené bien souvent dans l’ombre, voilà que le rondelet personnage est rappelé sur la ligne de front dans Les gens de Smiley.
La raison de ce retour au service « semi-actif »? La mort d’un ancien général des pays baltes, un collaborateur de longue date des renseignements britanniques, et qui aurait présumément été abattu par des agents de Moscou.
De là, Smiley sera appelé à taire discrètement toute cette histoire; la nouvelle direction du Centre ne veut pas faire de vagues. Après tout, nous ne sommes plus à la « belle époque » de la guerre froide, les budgets ont été réduits, et les responsables ont autre chose à faire que de rouvrir de vieilles blessures.
Pour Smiley, cependant, impossible de laisser aller ce dossier. Est-ce parce que le défunt général fut l’un de ses agents? Est-ce parce que, lui-même placé sur une voie de service, il se sent une obligation de prouver qu’il peut encore être utile? Est-ce pour finalement espérer avoir le dessus sur Karla, son mystérieux adversaire de toujours, avec qui il joue une gigantesque partie d’échecs depuis des décennies, où les pions sont des humains faits de chair et d’os?

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Une guerre d’esprits
Fidèle à lui-même, le regretté auteur John Le Carré propose quelque chose qui ne tient pas de la cavalcade à toute allure, mais plutôt de la lutte intellectuelle. Dans ce monde, les espions ne mitraillent pas à tout-va, pas plus qu’ils n’effectuent des courses-poursuites au volant de voitures de luxe.
Nous sommes plutôt dans un univers de préparation méticuleuse, de joutes verbales, de voitures anonymes, de chambres d’hôtel légèrement miteuses. En fait, dans ce monde, tout est un peu sale, fatigué, triste. On évolue dans une Europe déchirée et éreintée par deux guerres mondiales et un affrontement entre deux idéologies qui n’en finit plus de finir.
Les protagonistes y sont ainsi épuisés, les épaules courbées par le poids des secrets, des luttes passées.
On obtient ainsi un roman lent, méticuleux, mais qui dégage aussi une impression de fin de règne. Et même sa chute aura quelque chose de l’occasion manquée, ce qui est à la fois frustrant, mais aussi entièrement logique pour clore cette « trilogie » Smiley, après La taupe et Comme un collégien.
Plus de 40 ans après sa sortie, Les gens de Smiley demeure un bijou de la littérature d’espionnage; une nouvelle preuve, si tant que nous en avions besoin, du talent indémodable du maître de ce genre littéraire.





