En présence de leur réalisatrice respective, le festival Fantasia a présenté un court-métrage, Lost Wax de Omorose Osagie, et un long-métrage, le documentaire Black Zombie de Maya Annik Bedward, qui s’intéressaient tous deux aux traumas et au passé trouble des personnes noires qu’on essaie d’oublier, ou de tout simplement effacer.
Lost Wax
Filmé dans un magnifique noir et blanc, le court-métrage d’une quinzaine de minutes de Omorose Osagie fourmille de belles idées visuelles, dont l’inclusion de séquences animées qui marquent l’imaginaire. Si le jeu est inégal, le récit demeure riche en émotions et empli d’une tendresse et d’une naïveté qui menacent à tout moment de basculer vers la noirceur. La promesse d’une vision créative qui ne peut que se bonifier dans le futur.

Black Zombie
La proposition de Maya Annik Bedward ne manque pas de panache, surtout à une époque ou l’engouement pour les zombies ne montre aucun essoufflement.
De fait, elle veut d’emblée ramener cette créature horrifique qui marque les publics depuis des décennies à ses origines en Haïti, intrinsèquement liées à l’esclavage, plutôt que simplement aux films de George A. Romero. Et ce, bien loin des morts-vivants assoiffés de chair fraîche qu’on a vu dans toutes les déclinaisons.
Un projet audacieux qui lui a permis de repartir avec le prix Northern Excellence Award for Canadian Filmmaking au festival cette année, qu’elle s’est vu remettre juste avant le début de la projection.
Plusieurs parallèles, qui mèneront sans mal au traitement des migrants et du contrôle de leur perception par les médias, s’avèrent éclairants. Dommage, toutefois, que ce documentaire financé en partie par Téléfilm Canada souffre de quelques longueurs et redondances. Ainsi, la thèse de Madame Annik Bedward, projet présenté au Marché Frontières de Fantasia en 2018 d’ailleurs, se décline désormais sur une dizaine de chapitres.

Bien que le sujet soit un puit sans fond à explorer, plusieurs pistes de recherches semblent manquer d’approfondissement et il y a un déséquilibre entre les intervenants et de leur importance dans le documentaire.
Outre le prestige de sa présence à la fois à l’écran, mais aussi comme producteur exécutif du projet, difficile de justifier la véritable pertinence de Slash, surtout connu comme guitariste de Guns N’ Roses, présent ici comme amateur du genre.
Il en va de même pour la sympathique cinéaste Zandashé Brown, originaire de La Nouvelle-Orléans, qu’on présente comme une réalisatrice majeure du cinéma d’horreur afro-américain contemporain, alors qu’elle n’a fait que quelques courts-métrages vus par peu de gens.
En voulant faire la part belle à ses interlocuteurs qui espèrent ne pas être utilisés de manière négative, ou pour moquer le folklore, les prêtres vaudou les premiers, la réalisatrice demeure prisonnière de ses nombreuses allégeances et multiples désirs.
En voulant réhabiliter Haïti aux yeux du monde entier et rappeler qu’ils ne sont pas responsables de leurs propres malheurs, la distinction entre résilience et résistance étant un des moments les plus poignants du visionnement, tout comme l’idée de changer la perception du vaudou, l’intérêt pour le zombie devient rapidement un prétexte.

Si cet appât n’est pas en soi un problème, cela fait toutefois davantage ressortir le certain sentiment d’inaboutissement pour quiconque connaissant déjà bien le sujet.
Il n’en demeure pas moins que les références attendues sont riches, les extraits d’archives généreux (on va jusqu’à Live and Let Die, oui-oui, le James Bond) et la réalisation inventive à ses heures, usant à la fois de reproductions animées et avec des comédiens.
Black Zombie est donc une entrée en matière d’une grande pertinence, régulièrement fascinante, qui sait certainement remettre en contexte avec adresse un sujet dont les plus grands passionnés n’en connaissent sûrement même pas les fondements.
7/10
Black Zombie a été vu dans le cadre du festival Fantasia. Son distributeur Kino Lorber n’a pas encore annoncé de sortie en salle ou en ligne.





