La rencontre entre deux personnes mises au ban de la société, dépeinte avec subtilité et délicatesse, donne un petit film bourré de qualités. Une belle surprise de festival, c’est bien ce qu’on préfère.
Huitième long métrage de la cinéaste coréenne Shin Su-Won, The Mutation est une de ces belles surprises pour lesquelles on suit un festival.
Ostracisé parce que né noir dans une société qui considère les minorités visibles comme des étrangers, Se-oh (Han Hyun-min) lance une perche un peu désespérée pour se trouver un compagnon de voyage de quelques jours. Sora (Lee Zoo-young), elle aussi discriminée par son orientation sexuelle, embarque dans la proposition. Ensemble, ils partent pour vivre leurs deuils respectifs et chercher une consolation.
Petit film, dans son sens le plus noble, tout en finesse et bourré d’émotions. La réalisatrice a cette habilité de nous montrer qu’elles ne viennent pas de là où on s’y attendrait (dans un manège, un accident, un décès), mais dans les éléments juste à côté: une paire de Van’s usés, du poisson frais, la douceur du bois d’une table, un air de Bach. Son cinéma évoque celui d’Agnès Varda; modestie de moyens dont elle tire parti et qu’elle compense par une maîtrise totale du scénario et de la caméra et un amour profond pour les personnages.
On est intimement touchés par le chagrin de chacun, celui des deux Se-oh et de Sora, mais aussi celui, bouleversant, de deux mères. Des chagrins qui ne peuvent être vraiment réparés au contact de l’autre, puisqu’il en est en partie la cause.
« J’aime regarder le paysage s’éloigner », la phrase revient plusieurs fois et résume bien le film; la seule consolation possible est sans doute de laisser les chagrins s’estomper doucement et disparaître à l’horizon.





