Il n’y a pas à dire, il existe deux choses, en ce monde, que Martin Scorsese semble aimer plus que tout: les grandes épopées sur pellicule, et les histoires de gangsters. Et dans Casino, sorti en 1995, le réalisateur propose une virée à Las Vegas, crime et violence inclus.
Basé sur le livre Casino: Love and Honor, qui recense les machinations du milieu du jeu à l’argent sur le territoire de la Famous Las Vegas, dans les années 1970 et au début des années 1980, le film suit Sam Rothstein, qui finit par prendre les commandes des opérations du Tangiers, l’un des principaux établissements de l’époque.
Bien rapidement, sa fortune et sa célébrité n’auront de pair que son ambition. Mais notre personnage principal sait aussi qu’en plus de devoir louvoyer à travers la structure administration de Las Vegas et du Nevada, où tout fleure bon le copinage et le népotisme, il devra aussi plaire aux patrons de la pègre, installés dans l’Est américain, et qui exigent de recevoir leur écot, sous la forme de billets qui disparaissent « mystérieusement », et à intervalles réguliers, de la salle de comptage du casino.
À travers tout cela, Sam sera également confronté à Nicky, un ami d’enfance lui aussi employé par la mafia, et qui n’hésite pas à faire usage de violence pour établir sa domination et mettre les autres à sa botte.
Enfin, comme si toute cette situation déjà particulièrement explosive ne suffisait pas, Sam mariera rapidement Ginger, une voleuse et manipulatrice qui ne cessera jamais d’être entre les griffes d’une ancienne flamme.

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Pour jouer tout ce beau monde, Scorsese n’a pas lésiné: De Niro dans le rôle de Sam, l’irremplaçable Joe Pesci pour interpréter Nicky, Sharon Stone pour donner vie à Ginger… Même Don Rickles et James Woods viennent faire leur tour.
Sans surprise, la situation de rêve, pour notre personnage principal, ne mettra pas beaucoup de temps avant de se détériorer. Après tout, qui croyait que les choses ne changeraient jamais? Que l’emprise de la pègre sur Vegas ne serait jamais fragilisée par les luttes internes, mais aussi par les actions des autorités? Que le mariage de Sam et Ginger ne finirait pas par s’effondrer, sapé par le désir de contrôle de l’un, et par le besoin de liberté de l’autre?
Tout cela est fort bien, et chacun semble jouer son rôle tout à fait correctement – y compris Joe Pesci, notamment dans cette fameuse scène où il empoigne un stylo et se met à poignarder un type à la gorge, tout simplement parce qu’il venait d’insulter De Niro, mais aussi Sharon Stone, dont le personnage s’autodétruit peu à peu –, mais impossible de ne pas avoir l’impression que le casino est en lui-même un personnage.
On pourrait toujours débattre de l’aspect philosophique de la chose, mais si tel est le cas, impossible de ne pas reconnaître que ce bâtiment, ici, n’a pas nécessairement la personnalité nécessaire pour occuper l’espace qu’on lui accorde, justement.
Le cinéphile aura ainsi toujours un peu l’impression d’attendre un nouvel acte, qu’un soubresaut va se produire. Peut-être est aussi dû au fait que le personnage principal ressemble au bâtiment dans lequel il travaille, c’est-à-dire qu’il est un conduit pour les agissements des autres. Peut-être est-ce simplement dû au fait que l’excellent Goodfellas sortait seulement quelques années auparavant. Qui sait?
Quoi qu’il en soit, Casino demeure un film comme seul Martin Scorsese semble capable d’en tourner: audacieux, complexe, avec des personnages qui se télescopent devant nos yeux. À découvrir, si vous aimez les reconstitutions d’époque et le crime organisé.





