Est-on vraiment surpris que Gangs of New York s’inscrive dans la cinématographie d’un certain Martin Scorsese? Après tout, ce drame historique sorti en 2002 possède bien des caractéristiques servant traditionnellement à identifier l’une des oeuvres du réalisateur: un film à grand déploiement, une saga de près de trois heures, et un regard perçant sur un aspect parfois méconnu (ou idôlatré à tort) de l’histoire américaine.
Voilà donc cette histoire de rivalité entre les « natifs » des jeunes États-Unis, alors plongés dans la guerre civile, et les immigrants, surtout des Irlandais, à l’époque de la famine de l’autre côté de l’Atlantique. Et au beau milieu de ce conflit socio-politico-religieux, on trouve « Amsterdam », fils d’un « prêtre » qui dirigeait une bande d’Irlandais qui n’avait pas son pareil pour en découdre avec des « Américains de souche ».
C’est d’ailleurs dans le cadre de l’un des affrontements, présenté au début du film, que ledit père est tué par Bill « The Butcher », boucher de son état, certes, mais surtout homme aussi influent que puissant dans les cercles respectables, mais aussi dans les quartiers mal famés.
Seize ans après la mort de son père, Amsterdam, pris pour un nouvel arrivant à New York, entrera au service de Bill, dans l’espoir éventuel de venger le meurtre de son paternel. Mais ce faisant, il découvrira aussi l’attrait du pouvoir, de l’argent, de l’influence…
Dans ce (très) long-métrage de près de trois heures, Scorsese tente, parfois tant bien que mal, de dépeindre l’atmosphère qui régnait à cette époque, alors que dans les quartiers populaires, où l’on trouvait un grand nombre de gens vivant dans une misère à peine imaginable, de nos jours, l’existence tenait parfois à bien peu de choses.
Et si l’on doit saluer les décors, les costumes et autres représentations de cette période de l’histoire des États-Unis, Gangs of New York est un film étrangement vide. Non pas qu’il ne s’y passe rien, bien au contraire, mais cette histoire de vengeance est banale.
Ce qui n’est pas banal, cependant, c’est la performance extraordinaire de Daniel Day-Lewis dans le rôle de Bill The Butcher. L’acteur est tellement bon, en fait, qu’il éclipse aisément tous les autres personnages, y compris cet Amsterdam joué par un Leonardo DiCaprio relativement effacé. Même Brendan Gleeson, pourtant un excellent acteur, est sous-utilisé.
On déplorera également cette tendance à nous matraquer le fait que la deuxième partie du film se déroule en pleine guerre de Sécession, et que bon nombre de nouveaux arrivants sont à peine débarqués du bateau qu’on leur propose de s’enrôler en échange de leur citoyenneté et de trois repas par jour. La plupart d’entre eux iront d’ailleurs mourir au nom d’une nation qui n’est pas vraiment la leur.
Enfin, si Scorsese voulait montrer que même en 1862, les États-Unis étaient un mélange explosif de racisme, de sexisme, de xénophobie et de lutte des classes, et que la chose n’a pas beaucoup changé, un siècle et demi plus tard, c’est tout à fait réussi. Mais le fait de nous indiquer, encore et encore, que l’Amérique s’est bâtie sur ces gangs violents qui s’amusaient à s’entretuer, est peut-être un peu fort de café.
Gangs of New York demeure un film intéressant, ne serait-ce que pour l’ambition de son réalisateur – et le jeu de son principal antagoniste. Mais de là à crier au chef-d’oeuvre, il y a un pas que l’on ne franchira peut-être pas.





