Dans le cadre de la partie québécoise de sa tournée, c’est au Club Soda que se produisait, vendredi dernier, le Pete Roth Trio, composé du batteur Bill Bruford, du bassiste Mike Pratt et, bien sûr, du guitariste Pete Roth. Pour la petite histoire, il faut savoir que le célébrissime batteur, Bill Bruford, mettait fin récemment à 13 années d’absence de la scène pour rejoindre ses comparses de longue date.
Disons-le tout de suite, le passage du trio à Montréal était très attendu et la salle était comble une bonne demi-heure avant le spectacle.
Sur la scène, aucun décor, aucun accessoire, seulement des instruments, un micro et beaucoup de pédales pour les effets de la basse et de la guitare.
L’éclairage fait dans la même sobriété et nul besoin d’en faire davantage: la musique remplira nos oreilles et le Club Soda jusque dans tous ses recoins.
Le niveau sonore est juste assez élevé pour bien nous envelopper et nous happer dans la spirale de virtuosité et d’inspiration. Les basses sont cependant un peu trop appuyées, mais ce n’est rien pour gâcher la sauce.

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Dès les premières mesures, Roth fait gémir sa guitare dans un style improvisé, alors que Bruford, dont la retraite n’a pas même pas effleuré le talent, fait un Guy Nadon de lui-même en utilisant la batterie de façon non conventionnelle: rythme africain sur le floor tom, frappe perpendiculaire aux cymbales et, bien sûr, usage prononcé des frappes sur les cadres des tambours. Il nous parle avec son instrument, je dirais même qu’il se confie, tellement son interprétation est personnelle.
Parfois, Bruford impose le rythme, parfois il le brise. C’est donc impressionnant de voir à quel point ces trois-là arrivent à se synchroniser, à jouer de façon parfaitement organique. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils se donnent à fond, en nous offrant une musique pleine de surprises, de variations, d’improvisation. Par moments, la guitare de Roth sonne comme le sétar de Kiya Tabassian, alors que la basse de Pratt nous plonge dans des rêveries psychédéliques à la Alan Parsons.
Si le jazz est le principal moteur du trio, les membres de celui-ci sont à l’aise comme des poissons dans l’eau quand vient le temps de livrer un rock solide ou un blues presque subtil. On a aussi eu droit, juste avant l’entracte, à une composition résolument expérimentale teintée de musique sérielle, se terminant en un très beau crescendo d’apothéose.
Comme dans tout bon spectacle de jazz, les solos sont fréquents et, dans ce cas-ci, viennent confirmer que chacun est un véritable virtuose.
Finalement, on peut dire que le public a été comblé par une prestation mémorable.





