Outre, probablement, une envie d’envahir la Pologne, le compositeur Richard Wagner évoque généralement bien des choses, notamment une constante impression de se retrouver au coeur de quelque chose qui nous dépasse. Et la semaine dernière, sur la scène de la Maison symphonique, Rafael Payare et ses musiciens ont offert ce que l’on pourrait qualifier d’aperçu de cette grandeur.
Aperçu, oui, car on avait programmé pas moins que la tétralogie de L’anneau du Nibelung. Tétralogie, donc: quatre opéras, tous aussi dantesques les uns que les autres.
Comment, alors, réduire tout cela à sa portion congrue, sans décors, sans chants, dans un 70 minutes bien tassé? En prenant de grandes libertés avec la structure de l’oeuvre, bien entendu.
Enfin, oui et non; la chose est un peu difficile à décrire. Car loin de s’astreindre à une structure qui se voudrait plus traditionnelle – du moins, dans les sphères du classique –, avec différents mouvements, l’orchestre adopte plutôt ici la méthode du medley. Les grands succès, les grands airs de ce quatuor d’opéras, en quelque sorte.
Mais l’expression « medley » est peut-être ici réductrice, et il ne faudrait pas y voir une façon de réduire, à sa partie congrue, ce qui tenait tout de même du tour de force symphonique. Car en plus de proposer certains des airs les plus connus, y compris, bien sûr, la Chevauchée des Valkyries – s’il y a bien un air connu de Wagner, et s’il y a bien un moment pour parler des Valkyries, c’est bien dans cette fable gargantuesque s’inspirant du folklore teuton et scandinave –, on a aussi voulu conserver un semblant de structure pour que l’histoire ait un peu de sens.

Vous aimez nous lire et nous écouter? Pour continuer de vous offrir nos contenus, nous avons besoin de vous.
Pour seulement 5$ par mois, contribuez au succès de Pieuvre et obtenez l’accès à La Voûte, une série d’épisodes exclusifs du podcast Rembobinage. Abonnez-vous dès aujourd’hui!
Cela n’aurait rien donné, en effet, de nous lancer ces fameuses Valkyries à la tête en début de concert, par exemple, sans offrir ne serait-ce qu’un fond de contexte. Et pas question d’odeur de napalm, le matin, mais plutôt de cette histoire d’artefacts magiques, dont un fameux anneau de pouvoir, et de ce drame mêlant amour, pouvoirs divins et une certaine mégalomanie de créatures surnaturelles, certes, mais également largement humaines.
Qui sont les dieux, après tout, sinon des projections, des incarnations de nos meilleurs et de nos pires côtés?
Là où le bât blesse, c’est non seulement avec cette absence de mouvements distincts, ce qui donne un peu l’impression que l’on nous propose tout cela de façon un peu pêle-mêle, mais aussi lorsque l’on tente, maladroitement, de nous résumer l’intrigue.
Mais puisqu’il n’y a ni chanteurs ni décors, nous en sommes réduits à l’affichage de quelques pauvres surtitres, au-dessus de l’orchestre. Lesdits surtitres, d’ailleurs, sont si courts que la chose est simplifiée à l’excès. Bien honnêtement, il aurait été plus simple de carrément laisser tomber ce semblant d’explication et de nous offrir la musique, sans autres fioritures.
Fort heureusement, pour ceux et celles qui voudraient avoir droit à la tétralogie dans ce qu’elle a de plus époustouflant, on nous promet des versions plus complètes pour la saison 2026-2027. Prenons notre mal en patience, donc.
En attendant, malgré quelques petites embûches, cet amuse-gueule wagnérien fut tout aussi spectaculaire que ce à quoi nous pouvions nous attendre. Il n’y a, décidément, jamais assez de cordes, de cuivres et de percussions pour raconter ces sagas opposant la grandeur du duvin à la faiblesse de l’homme.





