Qu’on soit fan ou non de ses talents de pianiste, facette qu’il nourrit depuis sa tendre enfance en parallèle à celle, beaucoup plus connue, de comédien, nul doute que, si l’on va voir Jeff Goldblum & the Mildred Snitzer Orchestra, c’est d’abord et avant tout pour la flamboyante personnalité de l’artiste. Et la prestation offerte au public montréalais, dans le cadre du Festival international de jazz, était certainement à la hauteur des attentes.
Après une première partie sympathique assurée par Tyreek Mcdole et ses quatre musiciens (Dylan Band au saxophone, Dan Finn à la contrebasse, Caelan Cardello au piano et Gary Jones III à la batterie), tout le monde s’attendait à se reposer, le temps que les techniciens réaménagent la scène et les instruments.
Il faut dire que Mcdole semble avoir adopté l’approche décontractée de Goldblum, mêlant humour et anecdotes entre les chansons, en plus d’afficher une camaraderie évidente avec son entourage. De quoi nous aider à patienter avant l’arrivée de la raison de notre déplacement.
Une surprise de taille a cependant attendu les spectateurs, dont la majorité en avait profité pour se ressourcer. En effet, Goldblum lui-même est apparu sur scène pour faire ce qu’il sait faire de mieux: divertir.
Pas de répit pour l’audience, donc, alors que la vedette s’est lancée dans une succession de sujets pour passer le temps. Les hymnes nationaux y sont passés, comme des jeux reliés au cinéma lui permettant à la fois de parler de Nicole Kidman que de Denis Villeneuve. Beaucoup de français approximatif, aussi.
Si l’improvisation fait partie intégrante de ses performances, autant comme acteur que musicien, le tout semblait néanmoins bien prévu, puisqu’il a offert à une spectatrice le papier où il s’était noté les sujets de conversation qu’il avait en tête d’aborder.
Après une bonne demi-heure de divertissement, les cinq musiciens de son orchestre (Alex Frank à la contrebasse, Joe Bagg à l’orgue, John Storie à la guitare, Scott Gilman au saxophone et Ryan Shaw à la batterie) l’ont accompagné sur scène pour interpréter The Grease Patrol.
Entre deux occasions d’étaler sa grande culture, faisant des liens par moments inattendus et inventant des délires dont lui seul a le secret, Jeff et son orchestre ont aussi été accompagnés par quelques surprises, incluant Mcdole, de la première partie
Le trompettiste Keyon Harold est également venu faire son tour, principalement durant une énergique relecture de The Kicker de Joe Anderson. C’est toutefois la chanteuse Khailah Johnson, magnifique dans sa robe orange, qui a eu les plus gros honneurs en chantant six chansons, incluant le rappel qui a ramené tout le monde sur la scène le temps d’interpréter leur version de We’ll Meet Again (pièce réservée à Cynthia Erivo sur leur dernier disque).
Si le premier bloc de deux chansons pigeant dans le répertoire de Sinatra a su enchanter, le retour prolongé a démontré les limites des capacités vocales de Johnson, malgré quelques bons moments. Comment résister aux démonstrations de sa forte voix sur Let’s Face the Music and Dance (qu’interprétait Sharon Van Etten sur leur deuxième album), ou I Don’t Know Why (I Just Do)?
Elle qui revient d’ailleurs de Broadway sur & Juliet, s’est aussi attaquée à la bossa nova, avec le titre The Best is Yet to Come. Le titre qu’a proposé Scarlett Johansson sur le plus récent album du groupe.
Alors que les musiciens se sont amusés à faire des clins d’oeil à Jurassic Park ou à Defying Gravity, de Wicked, à la toute fin, Goldblum a aussi profité de l’actualité pour rendre hommage à l’immense Lalo Schifrin, décédé récemment, en interprétant The Cat, pièce également incluse dans leur deuxième enregistrement.
Lorsque la musique reprenait le centre de la scène et des enceintes, la passion commune était évidente et il devenait difficile de résister à leurs envolées musicales. La complicité de tous étant plus qu’évidente tellement tous savent se compléter avec brio.
Même si personne n’avait envie de quitter, alors que la sobre Ev’ry Time We Say Goodbye (pièce finale du plus récent album) semblait déjà annoncer la fin, après environ 1h30 de musique et d’histoires, on peut être assuré que tous sont sortis de la salle divertis et encore plus sous le charme de cet irrésistible énergumène et grand séducteur qu’est Jeff Goldblum.
9/10
Jeff Goldblum & the Mildred Snitzer Orchestra était présent à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place Des Arts le lundi 30 juin dernier.
Leur plus récent disque Still Blooming est disponible via Universal Music depuis le 25 avril dernier.





