Une fermeture prolongée du détroit d’Ormuz, l’un des points de passage les plus importants pour l’industrie pétrolière et gazière, pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour les chaînes d’approvisionnement de la planète, en plus de déstabiliser les marchés de l’énergie. Voilà du moins l’avis de chercheurs rattachés au Supply Chain Intelligence Institute Austria.
Selon cette étude, jusqu’à 1200 milliards de dollars américains en marchandises exportées pourraient être affectés si cette voie de passage critique est bloquée par Téhéran pendant une longue période.
Les travaux s’intéressent surtout à cinq pays de la région: l’Iran, les Émirats arabes unis, le Qatar, le Koweit et le Bahrein, dont les exportations maritimes dépendent entièrement de la voie maritime passant par le détroit.
Et sans surprise, les combustibles fossiles et autres ressources énergétiques telles que le pétrole brut, le gaz naturel liquéfié et les produits pétroliers raffinés représentent environ 800 milliards de dollars US de l’ensemble des exportations affectées.
« Le détroit d’Ormuz est l’un des passages les plus névralgiques de l’économie mondiale », rappelle ainsi Peter Klimek, le principal auteur de l’étude.
« Un blocus prolongé ne viendrait pas seulement affecter les marchés des ressources énergétiques, mais pourrait aussi grandement toucher les chaînes d’approvisionnement. »
L’objectif: limiter la durée des impacts
En s’appuyant sur des simulations, les chercheurs ont analysé plusieurs scénarios aux effets négatifs impliquant quelque 10 000 pétroliers et 1315 ports situés un peu partout sur la planète.
Des impacts de courte durée, soit jusqu’à deux semaines, n’auraient que des effets économiques limités. Cependant, au-delà d’un mois de blocus, cela pourrait déclencher une série de retards dans de nombreux systèmes de transport et d’expédition.
Dans le cadre d’un scénario où le blocus durerait 56 jours, les retards dans les déplacements des navires-cargos s’intensifieront grandement, en raison de dates de livraison manquées, de congestion dans les ports, ainsi qu’en raison de la nécessité de revoir les calendriers de transport.
Par ailleurs, les chercheurs s’attendent à ce que les prix augmentent à court terme, mais pas immédiatement, puisqu’il sera d’abord possible, pour un temps, de puiser dans les réserves stratégiques, ou encore de se tourner vers d’autres fournisseurs – les compagnies pétrolières ont toutefois tout de suite augmenté le prix à la pompe.
Mais à mesure que la situation anormale se prolongera, les prix de l’énergie pourraient demeurer élevés, tout comme les coûts de production, en plus d’une baisse de la compétitivité dans les industries énergivores, précise-t-on.
« Plus l’anomalie se prolongera, plus les réactions se feront fortes au sein des chaînes de production un peu partout dans le monde; les impacts économiques se mettront à croître de façon disproportionnée », croit ainsi Stefan Thurner, coauteur de l’étude.
L’Asie à risque
De l’avis des spécialistes, ce sont les économies asiatiques qui sont les plus ménacées, puisqu’elles dépendent largement des exportations en provenance de la région du Golfe. Ainsi, le total des produits achetés auprès des cinq principaux exportateurs faisant transiter leurs biens par le détroit d’Ormuz a atteint les 97 milliards de dollars américains pour la Chine, 74 milliards pour l’Inde, ainsi que 63 milliards pour le Japon; on parle principalement de pétrole brut, de gaz naturel liquéfié et de produits à base de pétrole.
Et la région n’est pas seulement utilisée pour transporter des combustibles fossiles, soulignent les chercheurs.
Ainsi, entre 2019 et 2023, environ le tiers des exportations d’urée, une substance très utile en agriculture, provenait des pays du Golfe. Ces mêmes nations exportent aussi des gaz rares utilisés dans la fabrication de semiconducteurs, notamment du néon, de l’hélium et de l’argon.
En Europe, la situation serait différente. Le risque associé aux exportations passant par le détroit d’Hormuz varie ainsi de pays en pays. Le Royaume-Uni serait particulièrement fragilisé, à terme, avec ses 13 milliards de dollars en importations d’énergie en provenance de la région. La France et l’Allemagne, à l’opposé, possèderaient des structures d’approvisionnement plus diversifiées.
Pour désamorcer cette crise dont les impacts commencent déjà à se faire sentir, les auteurs de l’étude soutiennent qu’une désescalade est essentielle – une option qui ne semble pourtant pas faire partie des plans de l’administration Trump, qui souffle le chaud et le froid après bientôt un mois de bombardements.
Parallèlement à cette solution, les auteurs des travaux appellent aussi les décideurs politiques à préparer des plans de contingence en vue d’interruptions de plus longue durée, histoire d’éviter une panique sur les marchés boursiers.
« Il est généralement possible de gérer les problèmes de courte durée. Les vrais risques surviendront si un blocus durera assez longtemps pour avoir des impacts en cascade sur les chaînes d’approvisionnement », rappelle M. Klimek.





