Le talent de Sandra Hüller n’est plus à prouver et sa performance dans Rose, qui s’est vu remettre les grands honneurs lors de la plus récente Berlinale, continue de nous le prouver.
Sandra Hüller, qui fascine depuis le magistral Toni Erdmann de Maren Ade, est à l’affiche de quatre productions d’envergure cette année. Rose fait partie d’une des deux tournées en noir et blanc et se déroulant dans le passé, les deux autres ayant un pied bien ancré dans un futur très proche.
D’abord établi comme directeur de casting, on peut certainement comprendre le flair du cinéaste Markus Schleinzer pour offrir le premier rôle à quelqu’un du talent de Hüller pour le rôle volontairement androgyne de Rose, qui décide de se faire passer pour un homme suivant la Guerre de Trente Ans, au 17e siècle.

Il y a certes un temps d’adaptation, notamment à la vue de la prothèse liée à une blessure au visage, tout comme le fait d’accepter une transformation plus masculine du faciès de l’actrice que nous connaissons de mieux en mieux.
Heureusement, tout cela n’est aucunement au-delà du talent d’une actrice aussi caméléon.

Vous aimez nous lire et nous écouter? Pour continuer de vous offrir nos contenus, nous avons besoin de vous.
Pour seulement 5$ par mois, contribuez au succès de Pieuvre et obtenez l’accès à La Voûte, une série d’épisodes exclusifs du podcast Rembobinage. Abonnez-vous dès aujourd’hui!
Dans cette oeuvre filmée dans un sublime noir et blanc que rendent avec brio les images captées par Gerald Kerkletz, on fait la part belle à plusieurs nouveaux venus qui prennent part au projet.
Parmi les exceptions, on compte le monteur Hansjörg Weißbrich qui a participé entre autres aux longs-métrages à portée internationale She Said et September 5, ainsi que Das Verschwinden des Josef Mengele du brillant Kirill Serebrennikov.
Sans surprise, tous les interprètes s’acquittent merveilleusement bien de leur tâche, en particulier la fascinante découverte qu’est Caro Braun, espiègle force tranquille dans le rôle de celle qui deviendra la partenaire forcée de notre protagoniste.

Fort d’un humour qui apparaît toujours où l’on s’y attend le moins, le projet finit par démontrer avec verve un penchant féministe nécessaire entre les limites qui séparent les hommes et les femmes et comment tout ceci résonne encore de nos jours, des siècles plus tard.
D’abord anecdotique et sinueusement pertinent au fur et à mesure qu’on progresse, via des références obligées à La passion de Jeanne d’Arc de Carl Theodor Dreyer, le film finit par devenir foncièrement bouleversant et puissant.

Face à une reconstitution historique infaillible qui sait rendre avec justesse les conditions primaires de l’époque, on sent sans mal les efforts que tous doivent effectuer pour d’une part survivre, mais aussi pour travailler à la sueur de leur front. De quoi donner un poids encore plus ironique entre les preuves concrètes et leur retombées, lire ici le travail et le labeur accompli, versus l’importance que l’on accorde à tort à nos moeurs.
Tout ceci aidera grandement dans ce qu’on aura à dire sur la définition de circonstance du mot liberté. Tout en valorisant de manière astucieuse les bienfaits de l’éducation et du pouvoir des lettres et des mots.
Discret et court, Rose en a pourtant beaucoup à dire, d’autant plus que c’est un film où le talent fourmille à tous les niveaux. Le genre de production qui grandit en nous à mesure que l’ombre vicieuse de ses réflexions continue de nous hanter.
8/10
Rose a été vu dans le cadre de la 55e édition du Festival du Nouveau Cinéma. Une autre représentation est prévue ce jeudi 15 octobre au Cineplex Quartier Latin à 18 h 15. Mubi prévoit une sortie en salle le 11 décembre prochain.





