Premier film de la réalisatrice allemande Katharina Rivilis, présenté dans le cadre du Festival du nouveau cinéma, et oeuvre pas mal autobiographique, I’ll Be Gone in June raconte l’année scolaire de Franny (Naomi Cosma, totale révélation), venue d’Allemagne à Las Cruces au Nouveau-Mexique en échange étudiant.
Choc culturel et géographique, surtout qu’on est en… 2001. Le climat du post-11 septembre teinte son séjour, bien qu’on s’attarde davantage sur tous les éléments inévitables de cette expérience: l’acclimatation à l’école et… au climat, les amitiés qui se forment, les conflits, intérieurs et extérieurs, et les amours. Enfin, l’amour.
Le film est produit par Wim Wenders et on n’est pas surpris. On retrouve l’ambiance de l’Ami Américain et de Paris, Texas dans la superbe direction artistique du film, dans le temps qui coule avec un peu d’ennui, beaucoup d’oisiveté. Parce que si le Nouveau-Mexique est certainement l’endroit le moins excitant où passer son adolescence, c’est extrêmement cinégénique. Tout baigne dans une lumière rose-dorée irréelle, qui rend bien l’état flottant de Franny.

Vous aimez nous lire et nous écouter? Pour continuer de vous offrir nos contenus, nous avons besoin de vous.
Pour seulement 5$ par mois, contribuez au succès de Pieuvre et obtenez l’accès à La Voûte, une série d’épisodes exclusifs du podcast Rembobinage. Abonnez-vous dès aujourd’hui!
La réalisatrice montre avec justesse le décalage que vit l’héroïne et qui vient autant du choc avec la société puritaine et l’isolement géographique de Las Cruces – disons que la densité de population est très différente de ce qu’elle connaît! – que de… la nature même de l’adolescence, qu’importe à quel endroit on vit nos 16 ans. Tentative de se définir, affirmer qui on veut être, s’affranchir des adultes. Le film est à hauteur d’ado, les adultes n’apparaissent que comme de pénibles figurants. Tout se passe dans leurs échanges et dans leurs silences.
La grande qualité de ce film est d’être… flou, flottant, tout en restant cohérent. On échappe à un film formaté, sans pour autant tomber dans du n’importe quoi artsy. Il y a un juste équilibre entre des scènes un peu chaotiques: conversations, virées en bandes, dont Franny capte les moments avec sa caméra vidéo, et la trame narrative de son année.
Et puis, il l’amour. Inévitable et impossible, évidemment, puisqu’on sait que tout se terminera en juin. Mais on y croit, autant qu’y croient Franny et son bel Elliott (incarné par David Flores, la gueule de Johnny Depp au même âge, excusez du peu, bien sûr qu’on veut y croire). On frémit et soupire avec eux, on verserait même quelques larmes, de celles qui remplissent le coeur de beau.





