La poésie d’ordre cinématographique arrive très tardivement dans ce Butterfly Jam qu’on croyait prometteur, mais qui ne cesse de décevoir tant son récit sans esbroufe s’avère dénué d’intérêt.
Du haut de sa trentaine, après deux longs-métrages remarqués, dont Beanpole, le cinéaste russe Kantemir Balagov a choisi l’exil en Californie suite à l’invasion de l’Ukraine par sa Russie natale.
Drôle de choix toutefois, pour son premier film dans une autre langue que la sienne, que d’avoir choisi de le tourner en France, mais pour finalement en situer l’intrigue aux États-Unis, au New Jersey plus précisément. Certes, la pratique est répandue, y compris à Montréal, qui peut se faire passer pour bien d’autres villes.
Sauf que c’est encore plus bizarroïde quand on double ce principe d’imposture en demandant à des artistes internationaux d’interpréter tout sauf leurs origines, jusque dans leurs accents, dénaturant notamment l’Irlandais Barry Keoghan, la Californienne Riley Keough et le Britannique Harry Melling.

Si on use souvent de cette tactique pour donner de l’ampleur à des projets, en laissant de grands noms comme Patrick Huard interpréter un polonais dans Starbuck, c’est aussi dommage que ces derniers empêchent le réalisateur de véritablement rendre hommage à sa communauté circassienne qui lui tient tant à coeur.
On le comprend toutefois d’avoir donné son entière confiance à une distribution aussi musclée, tellement ils s’acquittent magnifiquement de la tâche, à l’exception peut-être de Melling qui en fait des tonnes jusqu’à usure. Constat navrant après que le méconnaissable Dudley Dursley, des films de la saga Harry Potter, nous ait autant bouleversé dans Pillion dernièrement.
C’est tant mieux, puisque malgré les images chaleureuses de Jomo Fray et les mélodies envoûtantes des doués Evgueni et Sacha Galperine, les performances sont pas mal tout ce qui nous reste à se mettre sous la dent, tellement le mince scénario étire jusqu’à plus soif une intrigue en mode errance qui met au défi les nerfs des spectateurs.
Cela est particulièrment vrai avec Keough, dont on aurait dû tirer davantage profit de la présence comme véritable coeur de l’entreprise.

De son côté, il sera difficile via cette histoire de parentalité de ne pas repenser à un autre film récent de Keoghan, soit l’également décevant Bird de Andrea Arnold, d’autant plus qu’on implique également un oiseau dans l’intrigue.
D’un talent certain, le jeune turc élevé au New Jersey et nouveau venu Talha Akdogan est une hypnotisante trouvaille qui fait du mieux qu’il peut avec le matériel qu’on lui donne, montrant une chimie impressionnante avec quiconque partage l’écran avec lui. Ces partenaires incluent la tout aussi jeune Jaliyah Richards, une autre des nombreuses victimes d’une écriture brouillonne et peu développée.
Pour le reste, on cherche continuellement son ton, tout comme un fil conducteur, incapable d’approfondir un filon avec attention, et ce, jusqu’à un revirement de situation choc et provocateur aussi bousculé qu’aux limites fragiles de l’invraisemblable.

On quitte sans savoir ce qu’on veut nous dire sur l’immigration, nos origines, la honte, le sport comme cette lutte finalement accessoire, si ce n’est d’une métaphore du combat pour ces personnages qui en arrachent, la pauvreté et le reste. Plus qu’un sentiment d’inachevé, celui plutôt bousculé, d’avoir voulu faire un film sans avoir de contenu tangible autre que des idées éparses. Même un cameo qu’on voit venir et qui devrait pourtant faire sourire tombe malheureusement à plat.
Butterfly Jam semble donc vouloir à la fois suivre, évoquer, mais aussi imiter bien d’autres, James Gray inclus, sans se montrer apte à développer un message clair ou un film à la hauteur des talents derrière celui-ci.
Résultat: une déception plutôt amère.
4/10
Butterfly Jam a été vu dans le cadre de la 55e édition du Festival du nouveau cinéma. Une deuxième projection est prévue le vendredi 16 octobre au Cineplex Quartier Latin à 18 h 30. Le film ne semble pas encore avoir de distributeur au Québec pour le moment.





