La représentation de la sexualité à l’écran est tabou depuis belle lurette. Les pratiques moins « conventionnelles » sont toutefois de plus en plus présentes dans le quotidien et dans l’imaginaire collectif. Le tendre et divertissant Pillion continue ainsi de mettre la table pour mieux aborder et représenter le sujet, sans toutefois s’avérer entièrement satisfaisant.
C’est judicieusement suivie d’une rencontre intitulée: Domination, soumission et épanouissement: pour une image positive du BDSM qu’a eu lieu l’une des deux projections du film, dans le cadre du Festival du nouveau cinéma.
Animée par Laïma A. Gérald, on y réunissait le·la sexologue Gabriel-le Beauregard, ainsi qu’Alice Rivard, autrice du livre Dévotion, en librairie depuis le 24 octobre dernier, roman qui explore précisément ces thématiques.
Cela permettait de mettre en lumière, par le regard d’experts et professionnels-les, ce que le film réussissait avec brio et là où il y avait place à l’amélioration, tout en ne manquant pas de traîner régulièrement dans la boue la saga 50 Shades of Grey.
Un an après avoir exploré le sujet d’un point de vue féminin et hétérosexuel avec le mésestimé Babygirl, voilà que A24 continue de mêler dégourdissement sexuel et cinéma, devenant de plus en plus le HBO du cinéma indépendant.
Hasard non négligeable, après Nicole Kidman, voilà qu’on confie un rôle audacieux à celui qui jouait son mari dans la série Big Little Lies: Alexander Skarsgaard.

Ambitieux, oui, puisqu’avec sa stature, malgré toutes les scènes osées qu’il a tourné dans la télésérie True Blood, on ne s’attendait pas nécessairement à voir cet acteur de renommée internationale à venir rehausser à la fois l’intérêt, mais aussi le talent du premier film assez inusité de Harry Lighton, adapté du roman Box Hill de Adam Mars-Jones, publié en 2020.
Du haut de ses 6 pieds quelques, Skarsgaard apporte prestance, nuances et profondeurs au ténébreux motard dominateur qu’il incarne.
Ce Ray, plus près de son chien que des humains, nourrit rapidement l’imaginaire et sa complicité avec Harry Melling, surtout connu pour son interprétation de Dudley Dursley dans la franchise cinématographique d’Harry Potter, vaut son pesant d’or.
Ainsi, on suit le timide Colin, jeune homosexuel pas super à l’aise dans sa peau, qui se retrouvera du tac au tac dans une relation de domination et soumission BDSM, obéissant au doigt et à l’oeil aux besoins, désirs et demandes sous forme d’ordres de son mystérieux partenaire.
Avec ouverture, naturel et sensibilité, on montrera le tout avec beaucoup de réalisme et en s’abstenant de porter des jugements, ceux-ci prenant normalement forme via les proches, comme la mère de notre protagoniste, qui ne manquera pas de donner sa manière archaïque de penser.
À ce titre, Douglas Hodge aura plus de chance avec le surprenant rôle de son père Pete, alors que Lesley Sharp devra composer avec sa mère, Peggy, un rôle bien plus ingrat à interpréter.

Mieux encore, on se permet d’aller plus large dans l’illustration de ce milieu moins connu du public en n’isolant pas notre couple, mais plutôt en montrant qu’en se découvrant de nouvelles facettes et de nouvelles envies, notre personnage principal trouvera aussi une nouvelle communauté à intégrer.
Tel que souligné par les panélistes de la discussion, le long-métrage travaillera alors de manière assez admirable l’arc narratif de son protagoniste, en s’assurant de mouler son évolution narrative et psychologique sous forme de modèle à suivre, autant en termes d’affirmation de soi que d’épanouissement.
Est-ce parfait? Non. Sauf que le tout sera fait avec beaucoup de délicatesse et on esquisse avec juste assez d’efficacité les différents rapports de force qui peuvent coexister.
On regrettera par contre que le dernier tiers, un peu comme c’était le cas avec le film de Halina Reijn, s’enfarge un peu dans ses messages, restant sur le terrain glissant incertain de comment il veut véritablement représenter ce genre de dynamiques et s’assurant ici et là d’y passer des messages et/ou des valeurs qui manquent de précision.
Le moule demeure quand même basé sur un film romantique plus classique, avec des ressorts et des revirements qui s’y rapportent directement, et s’appuyant sur des points de repère familiers, comme l’acceptation de sa famille, la rencontre de ses derniers et de son conjoint, le désir de prendre une pause, etc.

Il y aura aussi un certain malaise en lien avec le fait continuellement s’appuyer sur des commentaires simplistes en lien avec les écarts physiques et corporels entre nos deux acteurs principaux pour engendrer à nouveau les standards et stéréotypes de beauté.
On pense à chaque remarque qu’un personnage lancera, incapable d’imaginer qu’une personne du charisme de Skarsgaard puisse s’intéresser à quelqu’un comme Melling, alors qu’on sait que tous les goûts sont après tout dans la nature.
En musique, Oliver Coates rehausse un autre film sur l’amour homosexuel, après le magnifique The History of Sound, alors qu’en images, Nick Morris apporte son expertise du petit écran vers le grand.
Pillion permet quand même de faire avancer positivement la cause de la liberté sexuelle et sa représentation dans l’oeil du grand public. Une proposition surprenante, cousue de quelques fils blancs, alors que certaines choses avancent à la fois trop vite et pas assez vite pour assurer une véritable logique, mais qui saura, au final, atteindre le coeur au bon endroit.
6/10
Pillion a été vu dans le cadre du Festival du nouveau cinéma. Il sera présenté à nouveau ce vendredi 21 novembre à l’occasion du festival Image+Nation. Sous toutes réserves, une sortie en salle est prévue l’an prochain.
Mise à jour: il est présenté en clôture du festival Image+Nation le dimanche 30 novembre également.





