Décidément, les Japonais font bande à part lorsqu’il est question de proposer des oeuvres d’animation qui marqueront l’histoire. Et Ghost in the Shell, adaptation cinématographique du manga du même nom, sorti en 1995, va, en plus d’impressionner par sa réussite technique, représenter un lancer de pavé gigantesque dans la mare du cyberpunk et de l’intelligence artificielle.
Il serait simpliste au possible d’affirmer qu’il y a eu Akira, en 1988, puis il y a eu Ghost in the Shell, presqu’une décennie plus. Simpliste, oui, car le monde de l’animation japonaise ne se limite aucunement à deux longs-métrages, mais force est d’admettre que ces deux films ont clairement laissé une empreinte indélébile sur l’imaginaire collectif.
En 1995, donc, le réalisateur Mamoru Oshii, qui a aussi les deux films Patlabor sous sa ceinture, tout comme la suite de Ghost in the Shell, sortie en 2008, propose cette histoire d’un Japon clairement engagé dans un futur où la cybernétique et les améliorations robotisées sont monnaie courante.
C’est dans ce contexte, où notre héroïne est d’ailleurs plus machine qu’homme fait de chair et de sang, que l’on suit les péripéties d’une escouade antiterroriste chargée d’enquêter sur un puissant pirate arrivant à infiltrer le « fantôme » dans le cerveau robotique de certaines personnes, c’est-à-dire ce qui pourrait tenir lieu de conscience.
En fait, le fantôme pourrait bien représenter tout ce qui reste de l’humanité, dans un corps donné, alors que tout le reste peut être reproduit et fabriqué à l’envi.
À mesure que notre équipe d’agents antiterroristes vise à se rapprocher de sa cible, les questionnements s’accumulent: à partir de quel moment sommes-nous « vivants »? Qu’est-ce que ce « fantôme », après tout? Et sommes-nous prêts à sacrifier notre côté humain pour devenir plus rapide, plus fort, plus intelligent, même si cela nous fait perdre le feu intérieur qui nous habite?
Quelques années avant la sortie de The Matrix, et en droite ligne d’autres oeuvres du genre – en premier lieu Neuromancer, de Gibson, forcément –, Ghost in the Shell ne prétend pas avoir « la » bonne réponse, mais va certainement mener le spectateur à se poser des questions.
De là à dire que le film est une oeuvre culte qui suscite une prise de conscience et vient ébranler nos certitudes, il y a peut-être un pas que l’on ne franchira pas. Non pas que le long-métrage ne soit pas magnifiquement animé, avec notamment d’excellentes séquences d’action, mais après 30 ans passés à se le faire présenter comme un incontournable, force est d’admettre que le résultat n’est pas nécessairement à la hauteur des attentes.
Non, pour vraiment pleinement apprécier Ghost in the Shell, qui souffre d’ailleurs un peu du syndrome du personnage important qui déverse soudainement un torrent d’informations nécessaires pour comprendre où l’on s’en va, il faut inscrire l’oeuvre dans son contexte. Avec Gibson, avec Matrix, avec Hackers, tiens, et pourquoi pas même Johnny Mnemonic.
Film brillant, film magnifique, film précurseur, Ghost in the Shell est la preuve, hors de tout doute, que les interrogations philosophiques à propos de l’existence ne datent pas d’hier… Même si elles prennent un tout autre sens en y ajoutant une couche de futurisme teinté de dystopie.





