Tout amateur de musique africaine fondra d’émoi de suivre le couple chéri du Mali à travers le documentaire du Canadien Ryan Marley, Amadou et Mariam: sons du Mali.
Au fil de décennies d’amour ayant mené à neuf albums, les artistes ont engendré une véritable révolution musicale et bouleversé les mentalités sur les non-voyants et leur potentiel créatif. Une trame émouvante sur laquelle on verse des larmes, à la vue de feu Amadou Bagayoko, guitariste prodigieux décédé en 2025.
Voyage autour du monde du duo star, le film s’ouvre avec sensibilité et nostalgie sur leur enfance. Le moment fatidique de leur cécité est relaté avec sincérité par l’un et l’autre. Première émotion gorge nouée. Chez Amadou, la perte du sens visuel fut progressive. Il a pu voir le monde jusqu’à l’adolescence avant le tombée du rideau. Dans le cas de Mariam, c’est à la prime enfance, suite à une rougeole fatale, qu’elle perd l’usage de la vue. Leur destin se lie, dans le cœur et la mélodie, à l’Institut des jeunes aveugles de Bamako.
Ensemble, le jeune couple affronte les jugements, les médisances, les réticences familiales face à leur union. Mais rien pour les dissuader de se marier et de se consacrer à la musique jusqu’au bout.
Un parcours étonnant
L’atypique duo prend ses marques, se distingue et touche par la puissante simplicité des chansons. Une première cassette enregistrée en Côte d’Ivoire consacre le « couple aveugle du Mali ». Un producteur européen, Marc-Antoine Moreau, vient jusqu’à Bamako en 1994, épris par leurs compositions. La voix charismatique de Mariam, le jeu de guitare blues et électrique digne d’Hendrix d’Amadou. On lui doit, dans la décennie 1990, leurs premiers pas aux États-Unis.
La rencontre avec le compositeur britannique Damon Albarn, elle, permettra la création de Sabali (Patience).
Cette pièce, l’une des chansons les plus connues du répertoire, reprise par Nas et Damien Marley dans un format urbain planant, transcende les genres et frontières.
Puis une autre rencontre décisive, avec un certain musicien altermondialiste: Manu Chao. À trois, ils enregistrent en 2004 l’album Dimanche à Bamako, renouvelant leur passeport pour tous les festivals et scènes mondiales.
Des milliers de fans tombent pour Amadou et Mariam, porte-étendards du Mali. Leur ascension trouve une résonance dans les témoignages exclusifs de leurs compatriotes Cheick Tidiane Seck et Vieux Farka Touré, Tiken Jah Fakoly, Mathieu Chédid et même Chris Martin de Coldplay qui compare « la musicalité des cordes de la guitare d’Amadou à une voix en soi. »
Le journaliste Will Hermes, du New York Times, relate le succès immédiat de leur répertoire célébrant, à nul autre pareil, la joie de vivre et l’amour. L’aura naturel dans lequel baignent ces êtres divins relève de l’inexplicable.
Le sort du Mali et l’insécurité y régnant, en raison de la présence de djihadistes, inquiètent Mariam et Amadou. Le film le démontre, avec une scène inédite de retour au pays natal, en plein enregistrement d’album. La musique, ennemi juré des fondamentalistes, ne sera jamais tue. La preuve: le duo organise un grand concert devant leurs gens, à Bamako.
Parce que la paix, selon le couple, l’emportera toujours sur le chaos et la folie de l’homme.





