Dans le cadre d’Askîwan, la scène du théâtre de la Chapelle est jonchée d’une multitude d’objets insolites au moment où les spectateurs s’installent. Deux pieds de caméras, un grand récipient métallique et une carafe remplie d’eau, un autre récipient circulaire en verre, du matériel informatique, une couverture de survie couleur aluminium et tant d’autres.
Et sur les côtés de la scène, des espaces où prendront place trois artistes musiciens avec leur propre matériel, micro, console électronique, guitare, viole de gambe …
Tyson Houseman, le réalisateur du spectacle, s’installe au centre, à genoux sur le sol. Ses trois acolytes, Jonathon Adams, un chanteur baryton et musicien Cri-Métis sur la gauche de la scène, Devon Bate à la console électroacoustique et à la guitare sur la droite, et Leah Weitzner au fond à la viole de gambe, une sorte de violoncelle du XVe siècle européen.
Le spectacle multimédia est une performance réalisée en direct par M. Houseman, artiste vidéo, de performance interdisciplinaire, marionnettiste et cinéaste nêhiyaw (Cri des Plaines), sur les chants et la musique des trois autres.
Dès les premiers instants, on entre dans une sorte d’état méditatif sur les images crées par le biais de caméras qui projettent, en fond de scène, les objets se trouvant au sol. Le silence de la salle fait doucement place à une sorte de silence audible fait de vent et de vie animale très lointaine. Les quatre éléments apparaissent tour à tour, en commençant par l’eau, la terre des montagnes immenses et inaccessibles, le vent et aussi le feu. Quelques images de rares humains émaillent la projection, qui est une interprétation par l’artiste des paysages grandioses par le biais d’objets dérisoires et de notre quotidien.
C’est un moment envoûtant, méditatif, contemplatif sur une musique qui s’adapte parfaitement aux paysages créés, où se détachent dans une harmonie inquiète cette voix de baryton douce et magique et cette viole de gambe dramatique.
Aucun récit n’est déclamé, sinon les quelques paroles chantées en nêhiyawêwin (Cri des plaines) de cet artiste exceptionnel qu’est Jonathon Adams. Il n’est fait appel qu’aux sens de l’ouïe, de la vue et de l’imagination de la part des spectateurs. Un silence religieux régnait d’ailleurs dans la salle, ce qui témoignait de la concentration du public.
Tous les sens sont pourtant mis en éveil. La beauté de la musique accompagne l’idée abstraite de ces paysages dont aucune image ne peut réellement faire ressentir l’harmonie complexe et la grandeur.
Askîwan ᐊᐢᑮᐊᐧᐣ est un spectacle lyrique et immersif qui donne une certaine idée de ce que l’on peut ressentir dans ces espaces vertigineux où l’humain ne tient qu’une toute petite place.
Askîwan ᐊᐢᑮᐊᐧᐣ
Réalisateur et Interprète : Tyson Houseman
Compositeur/Conception sonore : Devon Bate
Chanteur baryton : Jonathon Adams
Viole de gambe : Leah Weitzner





