Jenůfa est une jeune femme orpheline qui fait la fierté de sa mère adoptive Kostelnička (sa belle-mère). Dans un village tchèque reculé, avec ses traditions ancestrales, Jenůfa fait office de professeure en enseignant aux villageois à lire, quand elle n’accomplit pas les tâches dévolues aux villageoises pour sa grand-mère qu’elle aime, et sa belle-mère, à qui elle est très attachée.
Laca est fou amoureux de Jenůfa, la plus jolie fille du village. Mais c’est à Števa que Jenůfa a donné son cœur, un homme flambeur, alcoolique et séduisant avec ses cheveux d’or. Si l’armée ne convoque pas Števa pour partir à la guerre, Jenůfa est sûre qu’ils se marieront, puisqu’elle porte déjà son enfant en secret…
Jenůfa est le plus célèbre des opéras du musicien tchèque Leoš Janáček, né au milieu du XIXe siècle. Cette œuvre moderne en trois actes, sur un livret inspiré d’une pièce intitulée Její pastorkyňa (sa belle-fille), se base sur les traditions des villages tchèques, le poids de l’honneur dans les rapports humains, et le rôle du pardon et de la rédemption.
Par amour pour sa belle-fille, par souci pour sa réputation et pour qu’elle ne connaisse pas un destin similaire au sien avec un mari ivrogne, violent et qui la délaissait, Kostelnička va commettre l’irréparable.
L’œuvre est moderne par sa musique, qui s’inspire toutefois de thèmes folkloriques traditionnels, et très traditionnelle par son intrigue, qui inclut malgré tout bien des touches contemporaines.
C’est le parti pris de la très belle mise en scène du cinéaste canadien Atom Egoyan, avec des costumes traditionnels colorés et un décor très contemporain composé d’une immense sculpture changeante qui peut évoquer un nouveau-né, une lune ou un cœur brisé.
Une foule d’artistes qui chantent et se comportent comme dans une pièce de théâtre forment ainsi le chœur et les nombreux protagonistes de l’histoire.
Parmi les autres très belles voix, quatre magnifiques chanteurs lyriques sont au centre de l’intrigue; deux sopranos pour les rôles de Jenůfa et Kostelnička, l’héroïne et sa belle-mère, et deux ténors pour les rôles de Števa et de Laca, l’amant volage et l’amoureux fidèle.
Le superbe Chœur de l’Opéra de Montréal accompagne la musique presque minimaliste dans le premier et le troisième acte.
L’Orchestre Métropolitain, lui, est dirigé par la cheffe d’orchestre montréalaise Nicole Paiement; l’ensemble, avec des moments doux et intimistes, et d’autres violents et totalement tragiques, forme un très beau spectacle, entièrement chanté en tchèque, mais avec des surtitres en français et en anglais qui permettent de bien suivre les détails de l’intrigue.
Car contrairement à beaucoup d’opéras classiques, l’histoire de Jenůfa présente de multiples rebondissements et se permet même une fin heureuse. Les croyances religieuses du village autorisent le pardon et un nouveau départ malgré la tragédie et l’acte irréparable qui a été posé.
Jenůfa
De Leoš Janáček
Interprétation : Marie-Adeline Henry (Jenůfa), Katarina Karnéus (Kostelnička), Edgaras Montvidas (Laca), Isaiah Bell (Števa), Mikelis Rogers (Stárek), Sydney Frodsham (Stefania Buryja), Colin Mackey (Rychtar – Maire), Camila Montefusco (Rychtarka – Mairesse), Tessa Fackelmann (Karolka), Justine Ledoux (Pastuchyna), Bridget Esler (Barena), Odile Portugais (Jano) et Ellita Gagner (Tetka)
Mise en scène : Atom Egoyan
Cheffe d’orchestre : Nicole Paiement
Chœur de l’Opéra de Montréal
Orchestre métropolitain
Jenůfa, du 22 au 30 novembre 2025, à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts.





