Il y a du bon et du moins bon, dans Chien 51, la nouvelle proposition de Cédric Jimenez qui pourrait bien être son oeuvre la plus ambitieuse à ce jour, ce qui n’est pas peu dire.
Cédric Jimenez s’y connaît en films d’action. Sauf que pour la première fois, celui qui a toujours eu une passion pour le passé et même certains faits historiques, comme son Novembre qui relatait la traque suivant les attentats du 13 novembre, se tourne finalement vers l’avenir.
Pour ce faire, il retrouve le scénariste Olivier Demangel, qui a ici adapté le roman d’anticipation de Laurent Gaudé, publié en 2022.
Après avoir marché dans les pas de Peter Berg et son mésestimé Patriot’s Day, il semble clair qu’en s’attaquant à la science-fiction, on a envie de titiller à la fois Ridley Scott que Denis Villeneuve avec la saga Blade Runner.
En se penchant sur le sujet très en vogue et actuel de l’intelligence artificielle, qui s’appelle ici Alma, on pensera aussi immanquablement au HAL 9000 de 2001: A Space Odyssey de Kubrick, tout en se doutant bien que l’oeuvre n’arrivera jamais à la cheville de tels piliers.
Le pari consiste clairement à donner dans le blockbuster et on ne peut critiquer ce désir, comme il s’agit d’un genre cinématographique qui a rarement fonctionné dans le paysage français.
Ici on mêle enquête policière, meurtres et passé trouble, avec même des pointes qui évoquent des compétitions qui font penser à The Hunger Games. La France est quand même divisée par des murs et des barricades qui catégorisent les habitants par strates sociales. Rien dont on n’a jamais parlé, entendons-nous. Donc rien de révolutionnaire dans cette vision du futur.

Fidèle à ses habitudes, le réalisateur réunit à nouveau une distribution de premier ordre, retrouvant Gilles Lellouche une décennie après La French et permettant à ce dernier de renouer avec Adèle Exarchopoulos, qu’il a dirigée dans le flamboyant L’amour ouf. Avec sa belle compréhension des couleurs et des éclairages autant naturels que artificiels, c’est aussi des retrouvailles avec le directeur photo Laurent Tangy.
On se surprend aussi à trouver des habitués de productions qui passent de l’artisanal au grand déploiement, comme Louis Garrel en mode Edward Snowden et V For Vendetta, Romain Duris, Valeria Bruni-Tedeschi, Artus et même la cinéaste Jeanne Herry.
Certes, presque tous les acteurs sont sous-utilisés. Par contre, Lellouche fait preuve d’une surprenante retenue, alors qu’Exarchopoulos brille davantage dans la deuxième moitié en délaissant un voile glacial et frigide qui ne la montrait pas des plus à l’aise.
Si les looks futuristes sont presque aussi risibles que la perruque d’Adèle et ses allures injustifiées de Nikita, et que les effets spéciaux sont à prendre ou à laisser, on ne peut cacher que pour la vaste majorité du long-métrage, l’efficacité est de mise et le rythme haletant.

Ce qui finit par alourdir l’ensemble, c’est l’accumulation d’invraisemblances et de revirements discutables qui font régulièrement décrocher. À se demander comment des personnes dans leur position posent des gestes souvent aussi incongrus ou sans réfléchir aux conséquences (ce sont quand même des policiers), tout en voyant avec quoi ils arrivent à s’en sortir dans une dystopie qui serait pourtant ultra surveillée et contrôlée.
Dieu merci, la direction artistique fait bonne figure et le budget est tout de même utilisé à bon escient. Toute la séquence dans une boîte de nuit qui s’appelle le Millénium frappe l’imaginaire et donne certainement envie que des avenues aussi stylisées aient été davantage utilisées.
En plus, nos oreilles sont constamment réjouies avec des choix qui détonnent, comme la sublime What’s up? de 4 Non Blondes et Wish You Were Here de Pink Floyd, qui confèrent beaucoup d’émotion à une finale qui sera certainement reçue différemment, de spectateur en spectateur.
Il faut donc prendre Chien 51 pour une production de qualité, soignée, mais qui fait passer des messages de manière un peu maladroite, favorisant l’efficacité plutôt que la pérennité.
Bien sûr que c’est le risque à envisager pour les créations futuristes, à savoir si l’on aura visé juste et comment l’oeuvre vivra dans le temps, mais il y a toujours moyen d’en faire un peu plus que le client en demande. Pour le reste, on appréciera le divertissement pour sa simplicité.
6/10
Chien 51 est présenté une seconde fois le dimanche 16 novembre dans le cadre du Festival Cinémania à Montréal. Il prendra ensuite l’affiche en salle le 2 janvier 2026 via le distributeur VVS Films
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