Il n’aura fallu que de deux longs-métrages (et quelques courts-métrages, histoire de se dégourdir) pour que le jeune Martin Jauvat développe sa propre révolution silencieuse, mais aussi sa propre signature, ainsi que la promotion de Chelles en France, où il est né et a grandi. Baise-en-ville vient certainement confirmer un talent qu’il faut continuer de suivre de très près.
De retour à Montréal et au Festival du Nouveau Cinéma, trois ans depuis la présentation de son premier long-métrage Grand Paris, et accompagné cette fois de Mahaut Adam, sa douce derrière les caméras et partenaires de jeu devant, ainsi que de l’incorruptible Sébastien Chassagne, Martin Jauvat est certainement à l’image des rôles qu’il se donne, mais aussi des films qu’il écrit et met en scène.
De fait, au-delà d’un canevas et d’un genre saturés des jeunes de banlieue qui errent et se cherchent, il arrivait avec son premier film à sortir du lot de par la douceur, la tendresse et la sincérité naïve et irrésistible qui s’en dégageait, tout en bienveillance et en délicatesse, l’absurdité de la vie en extra.
En personne, en mots et en gestuelles, Jauvat est l’incarnation même de ce qu’on pouvait s’imaginer. Entre l’écran et la vraie vie, il n’y a pas vraiment de distinction, sauf peut-être un peu plus de gêne, à moins que la fatigue et le décalage horaire étaient en cause.
Par le biais d’un nouveau court-métrage intitulé Full Metal Kebab, présenté en exclusivité, ainsi que de son nouveau film Baise-en-ville qui ne prendra également l’affiche en France que l’an prochain, on a certainement pu y déceler un grand pas de maturité, autant dans l’écriture que dans l’interprétation. Et ce, même si du propre aveu de Jauvat et de celui de ses collaborateurs, il y a un désir évident de faire une variation sur les mêmes thèmes et les mêmes paramètres, histoire de creuser un univers qui lui est propre.

En citant des inspirations qui vont de Paul Thomas Anderson, même s’il a moins apprécié son plus récent, à Wes Anderson, ainsi qu’aux frères Coen, on y comprend qu’on a affaire à un cinéphile d’une jeune génération qui a envie de bien faire les choses. N’en déplaise au fait qu’il a mentionné régulièrement que sa plus grande récompense est que ses films soient vus et non pas de gagner des prix.
Sauf que le parcours de Jauvat est certainement en train de tracer une voie intéressante puisque ses oeuvres continuent de se faire remarquer, lui ayant permis notamment de devenir bon ami avec l’oscarisé Michel Hazanavicius, qui interprète d’ailleurs son père dans le long-métrage qui nous intéresse, tout comme de laisser la grande Bérénice Bejo interpréter un rôle savoureusement absurde dans son court-métrage.
La modestie du jeune cinéaste est ainsi tout à son honneur et peut certainement expliquer comment il arrive à attirer des noms comme Géraldine Pailhas ou, surtout, Emmanuel Bercot, qui a déjà remporté un prix d’interprétation à Cannes. Jauvat, qui ne connaissait pas du tout Bercot, a surtout pu prendre plaisir à en découvrir son talent, son professionnalisme, mais surtout sa facilité inattendue et pourtant si peu utilisée pour la comédie.
Il faut comprendre donc que Baise-en-ville s’écoute de lui-même. Difficile de rester de marbre face aux situations désopilantes qui prennent vie sous nos yeux, tout comme devant les répliques lancées de manière désarmante avec le plus grand sérieux du monde. Sauf que pour quiconque aura vu d’autres oeuvres de Jauvat, il y aura aussi le plaisir de retrouver des acteurs qui se surpassent chaque fois, en plus de clins d’oeil récurrents qui continuent de faire sourire.

Encore plus drôle que jamais, plus longue, aussi, cette nouvelle proposition s’étire peut-être un peu vers le dernier tournant, n’atteignant pas exactement les mêmes sommets de poésie que dans son premier tour de piste. Il n’en demeure pas moins que le soin apporté à la majorité des détails, ainsi qu’un sens du rythme assez bien huilé, en font un film qui amuse et fait du bien.
C’est que Jauvat a l’oeil et l’intelligence pour parler de sujets universels avec son regard bien à lui. On se reconnaît dans sa quête existentielle et on déploie un rire contagieux devant ce qui se produit sous nos yeux via des détours toujours plus imprévisibles les uns des autres. On se prend aussi d’un grand attachement pour la galerie loufoque et colorée de personnages qui défilent allègrement, et on est séduits par un visuel plus léché qu’il n’en paraît, éloignant la production des clichés mornes et gris des régions, optant pour la lumière et la couleur, plutôt que la morosité.
Irrésistible est donc de loin l’un des qualificatifs qui colle à la peau du créateur et de ses oeuvres. Constatation encore plus évidente en le voyant à l’oeuvre avec son entourage, laissant les périodes de Questions et Réponses être animées de beaucoup d’humour et d’honnêteté.
On ne pourrait donc que mieux conseiller de se plonger dans l’oeuvre de Jauvat, puisque son nom risque certainement de revenir régulièrement dans les années et décennies à venir.
7/10
Baise-en-ville a été vu dans le cadre du Festival du Nouveau Cinéma, mais ne semble pas avoir de distributeur ni de sortie prévue en salle pour l’instant.





