Magalie ne peut plus avoir d’orgasmes vaginaux. L’idée, lancée au tout début du spectacle Homecumming, présenté pour la deuxième année consécutive au Festival Fringe, de Montréal, peut choquer. Et il ne fait aucun doute que la comédienne cherche à brasser la cage. Mais au-delà de l’aspect plus cru, l’oeuvre force à réfléchir.
Réfléchir, oui, sur les liens entre la sexualité et le bonheur, entre l’importance du plaisir et la solidité d’une relation, mais aussi réfléchir sur le réflexe d’aller chercher du réconfort dans les hormones libérées au moment de l’orgasme.
Tout cela, Magalie l’a catapulté au visage d’un public clairsemé, malheureusement, mais un public surtout presque captif de cette femme au regard pénétrant (sans jeu de mots) qui aborde des questions qui demeurent encore taboues, malgré une certaine érotisation (ou même une érotisation certaine) de notre société. Certes, l’idée de consommer des contenus pour adultes fait moins sourciller qu’autrefois, mais qu’en est-il de s’interroger sur les liens psychologiques entre le sexe et la vie amoureuse?
Car voilà le problème: Magalie n’a plus d’orgasmes vaginaux, certes, mais pas besoin d’être un expert en psychologie pour comprendre que cela est lié à l’état de son couple. Ou de ses couples? Car à devoir choisir entre un partenaire très agréable au lit et un autre homme qu’elle aime, malgré ses défauts, quelque chose semble s’être brisé, chez la comédienne.
« C’est ma vie », a d’ailleurs déclaré cette dernière lors d’une entrevue accordée après son spectacle, samedi dernier. « L’histoire se termine en 2020; il s’est écoulé un peu de temps depuis, mais c’est très inspiré de ma vie, les personnages sont vrais, tout ce qui se dit et se passe est vrai. »
Revivre des drames
Il faut se demander, d’ailleurs, à quel point il était facile, pour l’autrice et comédienne, de coucher sur papier ces moments difficiles vécus au cours des années. On peut imaginer que les larmes de Magalie, sur scène, servent entre autres à illustrer son propos, mais nul doute que la jeune femme ne doit pas aller chercher trop loin pour se retrouver dans l’état émotionnel nécessaire pour pleurer.
« Quand j’ai commencé à écrire le spectacle, en janvier 2024, c’était un peu comme un journal intime, c’était vraiment douloureux de visiter ça, en plus d’être un peu thérapeutique. Il y avait d’ailleurs d’autres hommes, jusqu’à aujourd’hui, qui m’avaient blessée, mais j’ai finalement enlevé ce qui n’avait pas de lien avec l’histoire principale. J’ai commencé à rendre cela plus drôle, à ajouter des blagues, à m’amuser avec le contenu… Je ne pensais pas que cela allait être aussi drôle », a ajouté Magalie.
Cette année, le spectacle est donc de retour dans la langue de Molière, mais aussi, cette fois, également dans celle de Shakespeare. « J’ai d’abord écrit le spectacle en anglais », explique la comédienne. « Non pas que je ne voulais pas le faire en français, mais il y a davantage de déclinaisons anglophones du Fringe, et comme on ne sait jamais si notre spectacle va être choisi… »
Par ailleurs, Magalie reconnaît être « provocatrice », mais que « c’est très sincère, ce que je dis, dans ce spectacle-là. Je ne fais pas des blagues de pénis ou de vagin; je ne veux pas être vulgaire. J’aime que ce soit un spectacle franc. Et si certaines personnes peuvent trouver que j’ose, tout le monde a des relations sexuelles, tout le monde peut avoir des problèmes liés à la sexualité, tout le monde peut utiliser la sexualité pour se sentir mieux ou échapper à des situations difficiles ».
« Les orgasmes, la sexualité, c’est une attrape coquine pour parler de thèmes liés à la santé mentale et à la joie de vivre, ainsi que d’estime de soi », conclut la comédienne.
Homecumming est présenté jusqu’au 15 juin.





