Zéro, c’est le vide. L’absence. Mais pour l’auteur, comédien et metteur en scène Mani Soleymanlou, cette non-existence n’est en fait qu’un prétexte pour combler ledit vide. Après tout, la nature a tout cela en horreur, et que l’on soit à l’extérieur, ou installé sur les planches de chez Duceppe, qui sommes-nous pour nous opposer à la bonne marche du monde?
Zéro, donc, cette oeuvre créée il y a bientôt une décennie, où M. Soleymanlou veut principalement parler de cette anecdote particulièrement troublante lors de laquelle son père, un représentant de commerce, a été arrêté, puis interrogé pendant des heures par les Gardiens de la Révolution, en Iran.
Si cette histoire est horrible en soi, c’est aussi l’une des pierres angulaires de l’histoire de cette famille; cela serait en effet le moment où le père de l’artiste aurait décidé de faire émigrer sa famille. D’abord en France, puis au Canada.

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Pour un créateur qui a articulé une très grande partie de sa carrière autour de la question de l’identité, cela représente quasiment l’équivalent d’une grande quantité d’or en barres. N’est-ce pas là, après tout, que s’est joué son destin? M. Soleymanlou aurait-il connu cette carrière magistrale s’il n’avait pas quitté l’Iran à ce moment-là? Ou s’il ne l’avait pas quitté du tout?
Pourtant, cette histoire d’interrogatoire pratiquement musclé n’est, en soi, qu’un aspect d’une véritable mosaïque socioculturelle que l’artiste – et le public, par extension – explore depuis plusieurs décennies, déjà. Il faut toujours combler le vide, après tout. Et dans cette petite brèche s’engouffrera tout le reste: la réflexion sur l’autre, sur l’identité, sur l’acceptation, sur l’intégration, sur la filiation, la parentalité, le climat politique actuel…
Jamais condescendant, mais toujours incisif, Mani Soleymanlou est à la fois une personne avec qui on pourrait aisément gueuler contre les décisions des arbitres, au hockey, et s’engager dans de passionnantes discussions philosophiques. Et cette description, loin de se vouloir racoleuse, ou encore cliché, est plutôt celle d’un homme qui, de ses propres mots, est capable de douter.
De la part de cet homme de gauche (sauf quand…), de la part de cet homme de théâtre, de réflexion, de coups de gueule, de blagues mordantes, on reçoit ainsi une nouvelle dose de savoir. Mais pas un savoir qui viendra prévaloir sur les autres; simplement un savoir qui s’ajoute à l’ensemble des possibilités, l’ensemble des opportunités. À nos, ensuite, d’effectuer nos choix, en compagnie d’un homme qui, comme nous, erre en tâtonnant dans le noir.
Zéro, écrit, mis en scène et interprété par Mani Soleymanlou





