Les jours des missions de paix regroupant plusieurs pays sont-ils comptés? Selon l’avis de spécialistes de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), ces opérations pourtant essentielles sont effectivement menacées par la hausse des tensions géopolitiques, les pressions politiques, mais aussi le manque de financement.
Selon le rapport publié par l’organisation internationale, le nombre de personnes déployées dans le cadre d’opérations de maintient de la paix un peu partout sur la planète, à la fin de l’an dernier, s’élevait à environ 79 000 personnes, soit une diminution de près de la moitié par rapport à 2016.
C’est d’ailleurs en Afrique et en Asie que l’on retrouve les pays qui contribuent le plus aux différentes missions; l’Ouganda (4657 soldats), l’Éthiopie (3446 soldats) et le Kenya (2158 soldats) sont les principaux « fournisseurs » dans ce domaine sur le continent africain.
En Asie, le Népal (4299 hommes), l’Inde (4090 soldats), le Pakistan (2386 hommes), l’Indonésie (1898 soldats) et la Chine (1635 hommes) contribuent tous à différentes missions.
Enfin, il faut aussi noter la contribution marquée de l’Italie (1857 soldats) et des États-Unis (1175 hommes), selon les données colligées par le Sipri, toujours en date de la fin décembre 2025.
L’Afrique, la part du lion
L’an dernier, on comptait quelque 58 opérations de maintien de la paix, dont 18 sous l’égide des Nations unies, et 34 sous la direction d’organisations et alliances régionales.
C’est la mission de stabilisation en République centrafricaine qui a nécessité le plus d’effectifs, l’an dernier, avec plus de 15 000. Au Soudan du Sud, plus de 12 000 personnes tentaient d’éviter de nouvelles flambées de violence, alors qu’un nombre similaire de gens étaient stationnés en Somalie, toujours sur le continent africain.
L’Afrique, et plus précisément la République démocratique du Congo, accueillait aussi une mission de stabilisation, toujours sous le contrôle de l’ONU, et forte de plus de 9600 hommes.
Enfin, au Proche-Orient, les Nations unies opéraient toujours, à la fin de l’an dernier, une force de près de 8000 soldats, pour tenter d’assurer la paix entre Israël et le Liban. Un nombre qui a sans doute changé avec l’éclatement d’une nouvelle guerre entre Israël et son voisin du nord, dans la foulée de la reprise des hostilités entre Washington et Téhéran.
D’ailleurs, pour la simple année 2025, la baisse des effectifs a atteint 17%, indique le rapport. Une statistique qui fait craindre le pire.

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Une situation plus que grave
« Si la situation perdure, nous pourrions assister à un affaiblissement dramatique de la gestion multilatérale des conflits et à la marginalisation quasi totale d’institutions comme les Nations unies, en raison d’une conjonction de facteurs financiers, politiques et géopolitiques », explique ainsi, par voie de communiqué, le Dr Jaïr van der Lijn, directeur du programme Opérations de paix et gestion des conflits du Sipri.
Toujours selon ce dernier, une telle situation pourrait mener à une multiplication des guerres, guerres qui auront des conséquences catastrophiques pour les civils, « les États abandonnant des normes établies de longue date ».
L’une des raisons derrière cette crise est un manque chronique de financement; l’an dernier, les donateurs n’ont pas tous respecté leurs engagements monétaires, ce qui a créé un manque à gagner d’environ 2 milliards de dollars américains pour les opérations de maintien de la paix, soit plus du tiers du budget total pour 2025.
Ce déficit a d’ailleurs forcé des compressions importantes.
Le Sipri indique également qu’en raison des tensions élevées au Conseil de sécurité des Nations unies, où « les demandes fermes et les menaces de veto de la part des membres permanents ont compliqué les décisions en ce qui concerne le renouvellement des mandats », des missions de maintien de la paix qui pourraient aisément paraître essentielles seront ainsi annulées d’ici peu.
Au Liban, ce sont les 8000 casques bleus déployés sur place qui devront plier bagage d’ici la fin décembre, cette année.
Toujours au dire des auteurs du rapport, alors qu’aucune nouvelle mission onusienne n’a été approuvée depuis 2014, les initiatives régionales, elles, ne se sont pas avérées aussi efficaces que celles pilotées par l’organisation internationale.
En fait, il n’existerait carrément pas d’alternative viable à une gestion de crise sous égide onusienne, affirme-t-on.
Et donc, pour assurer le maintien de ces différentes missions, mais aussi, dans une perspective plus vaste, faciliter la résolution de conflits et l’évitement d’une dégradation du contexte géopolitique et sécuritaire, les spécialistes du Sipri appellent à une pérennisation du financement accordé aux missions de paix, mais aussi à des engagements plus solides de la part des États membres de l’ONU.
« L’effondrement de la gestion multilatérale des conflits n’est pas inévitable. Il existe manifestement un large soutien de principe aux opérations de maintien de la paix des Nations unies », souligne ainsi Claudia Pfeifer Cruz, chercheuse principale pour le programme Opérations de paix et gestion des conflits du Sipri.





