Cinq saisons pour en arriver à ça. Cinq saisons toujours plus absurdes, toujours plus violentes, où les enjeux sont toujours plus élevés. Le tout pour se terminer d’une façon particulièrement conventionnelle, après un combat ultime aux allures de théâtre d’été. On se demande bien ce qui s’est passé dans la tête d’Eric Kripke, qui a la mainmise sur la télésérie The Boys, pour que cette cinquième et dernière saison ait autant l’air d’avoir été bâclée.
En fait, la série a toujours donné dans l’excès: après tout, on nous raconte l’histoire d’un groupe de superhéros gérés comme n’importe quelle autre propriété intellectuelle. Le tout, évidemment, avec une bonne grosse dose de satire, d’autant plus que la chose est financée par Amazon, rien de moins.
Ceci étant dit, avec les années, et à mesure que le grand méchant, Homelander, gagnait en puissance et réussissait à éliminer ses ennemis, la série a laissé tomber ce qui lui restait de vernis satirique pour devenir une dénonciation parfois fort peu subtile du trumpisme et du virage à droite de la politique américaine.
Fort bien, oui, mais la dénonciation sonne creux, surtout lorsque l’on sait que Jeff Bezos est un grand ami de Trump, justement. Et lorsque l’on constate que les exagérations parfois franchement ridicules des premières saisons ne sont maintenant que l’étape présumément suivante du « plan » des républicains, la chose perd de son charme.
Cela ressemble, en fait, à la série House of Cards, après l’élection de Donald Trump, justement (et avant les révélations sur Kevin Spacey): la réalité a dépassé la fiction.
Dans The Boys, bien sûr, l’idée d’un pouvoir quasiment fasciste, sous contrôle d’un superhéros se prenant pour le Messie, demeure excessive, mais lorsque l’on voit Trump qui partage un mauvais montage créé par l’IA où il apparaît sous les traits de Jésus pour soigner un homme malade, on se dit que tout ce qui manque au président, c’est quelqu’un de réellement compétent… Ou l’absence totale de contrepoids sociaux et politiques, tel qu’on peut le constater dans la série.
Car tout est un peu trop facile pour les méchants, dans cette cinquième saison. À croire que les Américains acceptent bêtement leur sort. Ou que la communauté internationale n’existe tout simplement pas. Et que dire de cette volonté, de la part de Homelander, de se faire considérer comme un dieu vivant?
Bref, on a l’impression, à mesure que les épisodes progressent, que les scénaristes étaient coincés entre la nécessité de toujours en offrir plus aux téléspectateurs, et le besoin de conclure le plus d’arcs narratifs possibles d’ici la fin de cette courte saison.

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À fond la caisse, mais pourquoi?
Ce que cela donne, c’est une impression d’avoir appuyé à fond sur l’accélérateur, sans penser aux conséquences, ou encore sans vraiment accompagner cette ambition des moyens nécessaires pour véritablement y donner vie.
Résultat, la bataille finale, l’affrontement ultime entre Butcher et Homelander, se déroule dans un Bureau ovale aux allures de carton-pâte, et sans intervention des Services secrets ou de quelque force de sécurité que ce soit.
Et une fois ce combat terminé, on nous offre une fin mièvre, quelque chose tenant plus du rose bonbon que de la série qui nous a habitués aux surprises et coups de gueule scénaristiques.
Le pire, dans tout cela, c’est le temps particulièrement long consacré à l’histoire de Soldier Boy, le père de Homelander, une histoire qui se termine pourtant en queue de poisson. Et pourquoi a-t-on braqué les projecteurs sur ce personnage qui multiplie surtout les blagues de bas étage et les décisions incompréhensibles? Parce que la nouvelle série dérivée Vought Rising prendra l’affiche bientôt, pardi!
D’ailleurs, il était presque gênant de voir que la bande-annonce de cette série a été mise en ligne moins de 24 heures après la diffusion de l’épisode final de The Boys, une finale décevante pour une ultime saison qui aurait probablement mieux fait de ne jamais exister.
Mais à l’instar de Vought, dans cet univers, et conformément aux méthodes employées par Amazon, Disney et les autres, tant que l’on peut faire sonner le tiroir-caisse, pourquoi s’en priver?
Bref, cette cinquième saison de The Boys était de trop; une preuve que même les bonnes idées finissent par pourrir, avec le temps.





