Il y a trois ans, le spectacle Echo du Cirque du Soleil nous avait subjugué par sa fausse simplicité qui cachait une multitude de captivantes merveilles. Déjà de retour à Montréal, la production revient avec quelques changements au compteur qui réduisent, sans pour autant le faire disparaître, tout l’enchantement que cette splendide création sait provoquer.
Bien que le soin apporté aux accessoires et la mise en scène savent créer des visuels qui marquent l’imaginaire, l’un des grands intérêts de la vingtième production sous chapiteau du Cirque du Soleil est sons sens inné de la liberté, du danger, mais aussi de la réinvention, tel que conçu par l’ancien acrobate devenu metteur en scène Mukhtar Omar Sharif Mukhtar.
Ainsi, la trame narrative plus floue que de coutume devient rapidement secondaire. Tant mieux, car on laisse les artistes et leurs compétences l’emporter à tout coup. Surtout que presque tout se déroule sans filet, peu de matelas et presque pas de protection, pour couper le souffle à chaque danger.

Certes, la création prend un moment avant de prendre son envol et si lors de sa première mouture, elle n’était plus arrêtable une fois lancée, le rythme inégal se fera cette fois à nouveau sentir au retour de l’entracte.
Ceci s’explique car un roulement d’artistes obligé force des changements qui ne sont pas toujours les plus bénéfiques pour le spectacle.

Le plus grand choc, pour ceux qui auront vu Echo à ses débuts, sera la disparition du splendide numéro de fil souple qui ouvrait la deuxième partie sous les flammes, devenu ici un duo particulièrement mou d’équilibre sur cannes, numéro vu et revu tant de fois auparavant.
Même chose pour Philippe Dupuis, qui incarne le personnage d’Ewai le chien, et qui se faisait remplacer, jadis – le temps d’un instant – par un époustouflant numéro de diabolo. M. Dupuis se retrouve désormais à exécuter un numéro de jonglerie plus ordinaire. Heureusement, ce dernier lève un peu vers la fin, alors que l’on utilise les diverses surfaces à portée pour faire rebondir les balles.

Si l’irrésistible numéro de banquine et de cadre humain est toujours aussi rassembleur et rodé au quart de tour grâce à ses chorégraphies, on regrette l’ancienne image forte que créait la troupe du numéro entièrement composée d’acrobates éthiopiens, désormais à moitié remplacés par des artistes de d’autres pays, comme c’est presque toujours le cas habituellement.
On doit néanmoins saluer la constance de plusieurs des interprètes, comme Louane Seclet-Monchot dans le rôle principal de Future, toujours aussi impressionnante dans son numéro de trapèze Washington.

Eddie Browne arrive aussi à bien s’approprier le terrifiant numéro de contorsion et dislocation qu’avait créé Joress Strauss Kenfack Mpandou, dit Strauss Serpent, alors que le nouveau duo de clown désormais sous la gouverne de Nael Jammal et Thomas Gaskin continue de permettre d’apprécier leurs simagrées, car on les a jumelées à des acrobaties inattendues.
Par contre, l’immense cube qui sert pour tout et rien à la fois, est encore l’un des plus grands handicaps, bloquant régulièrement la vue et rendant une bonne majorité des sections du chapiteau comme non idéale pour avoir la meilleure vue d’ensemble du spectacle.

On préfère alors se laisser porter par les compositions prenantes de Jade Pybus, Andy Theakstone, Hugo Montecristo et Raphaël Beau, souvent en cordes, voix et percussions, sachant relever tous les numéros, incluant le brillant numéro final de triple bascules coréennes.
Echo revient encore briller avec presque tout ce qu’on y aimait, mais aussi ce qu’on aimait moins. Spectacle imparfait, certes, mais il demeure toutefois impossible de ne pas y ressentir toutes sortes d’émotions et, surtout, d’y passer un sacré bon moment.
7/10

Echo du Cirque du Soleil est présenté sous le Grand Chapiteau au Vieux-Port de Montréal jusqu’au 16 août prochain.





