N’en déplaise à Donald Trump et aux ténors du Parti républicain, chez nos voisins du Sud, le vote par correspondance n’est non seulement pas une occasion de frauder le système et de changer les « véritables » résultats électoraux, mais aussi une option pour accroître la participation électorale dans l’ensemble de la population.
Voilà du moins la conclusion d’une étude réalisée par des chercheurs de Caltech, dont les résultats ont été publiés dans le Journal of Politics.
« Si l’on distribue des bulletins de vote par correspondance à tous les électeurs, nous constatons que le taux de participation augmente de trois à quatre points de pourcentage », mentionne ainsi Yimeng Li, coauteur des travaux.
« L’impact est encore plus marqué chez les électeurs affiliés à un parti spécifique, mais chez ces électeurs affiliés, justement, nous n’avons pas vu d’avantage pour les démocrates, contrairement aux allégations qui circulent. »
Si le vote par la poste est une option offerte sur demande depuis plus de deux siècles aux États-Unis, surtout pour les membres de l’armée, la COVID-19 a alimenté la tendance visant à offrir ce type de scrutin, sans devoir présenter de raison valable, dans plusieurs États.
Mais ailleurs chez l’Oncle Sam, indique-t-on par voie de communiqué, on planchait déjà sur de telles politiques publiques avant la pandémie, y compris en Californie, en affirmant vouloir favoriser l’accessibilité et faciliter le vote par correspondance.
Dans la foulée de ces changements politiques, M. Li et son collègue, le professeur R. Michael Alvarez, ont voulu savoir de quelle façon la participation électorale était affectée, lorsque tous les électeurs inscrits recevaient automatiquement un bulletin de vote par correspondance.
Les deux chercheurs ont notamment porté leur attention sur la région de Los Angeles, où, en raison de différents choix politiques effectués par les décideurs, et par la faute des structures administratives existantes, le comté de Los Angeles avait, en 2020, l’obligation d’envoyer des bulletins de vote par correspondance à des électeurs vivant dans certaines parties de la Ville de Los Angeles (une autre entité politique).
Cette dernière, pourtant, n’était pas sous la même injonction, du moins pour la majorité de ses électeurs.
« C’était juste le genre de chose étrange qui se produit lors de mélanges entre élections et politiques publiques, mais cela nous a menés à une situation vraiment fascinante grâce à laquelle nous avons pu recueillir beaucoup de données », a souligné le Pr Alvarez.

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Un impact clair
En comparant les électeurs du comté de Los Angeles qui avaient automatiquement reçu un bulletin de vote par la poste, en raison de la nouvelle politique en place pour la primaire tenue en mars 2020, avec ceux qui n’en avaient pas obtenu, les chercheurs ont constaté que la participation avait clairement augmenté chez les électeurs ayant automatiquement pu voter par correspondance.
Ainsi, ceux et celles qui ont reçu un bulletin de vote par correspondance ont été plus nombreux à accomplir leur devoir citoyen, mais sans que cela n’avantage un parti ou un autre.
« Ce geste est quelque chose qui peut facilement être accompli pour favoriser la participation au sein de l’appareil démocratique, et ne semble pas avoir de ramifications partisanes claires », a encore indiqué le Pr Alvarez.
De l’avis de M. Li, une augmentation de trois points de pourcentage du taux de participation est substantiel, surtout en comparant cela aux autres méthodes examinées par des politologues: les publicités télévisées, par exemple, auraient peu ou pas d’effet sur le nombre de gens allant glisser leur bulletin dans l’urne.
Dans la foulée de sa défaite contre Joe Biden, en 2020, où le vote par correspondance a parfois fait la différence dans des États-clés, Donald Trump n’en démord pas: selon lui, cette façon de voter ne représente pas moins qu’une fraude, alors qu’aucune donnée ne vient prouver ces dires.
Comme le rapportait TIME Magazine, ce printemps, le président a signé un décret visant à limiter le recours au vote par correspondance; plusieurs États, soit le palier décisionnel responsable de la gestion des élections, ont immédiatement répliqué en affirmant que cette demande était anticonstitutionnelle.
À moins de six mois des élections de mi-mandat, le vote par correspondance demeure bel et bien permis aux États-Unis.





