Associés dans cette œuvre, le chorégraphe Guillaume Côté et l’homme de théâtre Robert Lepage proposent, sur les planches du Monument-National, une version inédite d’Hamlet où les mots sont absents et où les gestes, seuls, les remplacent.
Ce qui caractérise les pièces de théâtre du grand répertoire classique, ce sont leurs beaux textes faits de dialogues et de didascalies; des textes que l’on peut aller jusqu’à lire tranquillement chez soi, en se contentant d’imaginer le jeu des protagonistes.
Ces œuvres connaissent souvent des adaptations sur scène: des artistes se plaisant à les raccourcir ou à modifier leur environnement, par exemple. Mais même dans une pièce très modifiée, une part du texte au moins demeure. Le spectateur le reconnait et suit les différentes péripéties conçues par son auteur original.
Alors, que peut-il bien rester d’une pièce de Shakespeare quand son adaptation va jusqu’à lui retirer entièrement le texte?
Le défi est de taille. Et il ne fallait rien de moins que le talent imaginatif de Robert Lepage et de Guillaume Côté pour faire la démonstration qu’on est toujours en présence de Shakespeare.
Dans une version minimaliste du geste, des décors et des accessoires, avec neuf talentueux danseurs sur scène (six hommes et trois femmes), l’œuvre grandiose de Shakespeare est bien là, reconnaissable, émouvante et tragique.

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Les spectateurs mis à contribution
Sans doute faut-il que le récit des événements et le souvenir du texte soient en partie au moins portés par les spectateurs, qui reçoivent toutes les émotions que renferme la tragédie. Car Hamlet n’est pas une pièce obscure que personne ne connait. Les spectateurs sont ainsi mis à contribution dans cette œuvre uniquement dansée, mais qui suit fidèlement les scènes conçues par le grand dramaturge.
Hamlet est-il fou ou simule-t-il la folie pour venger l’assassinat du roi son père par son oncle qui a pris place aux côtés de sa mère? Quelque chose est pourri dans ce royaume du Danemark, et les situations iront de pire en pire jusqu’à la mort de tous les protagonistes. Tous, excepté Horatio chargé de témoigner et de raconter ce qu’il voit.
Si la danseuse, interprète de ce rôle d’Horatio qui témoigne, ne parle pas elle non plus, sa danse semble inspirée des arts martiaux et du langage des signes… Ainsi les concepteurs de l’œuvre se sont plu à bien des subtilités que le spectateur pourra découvrir avec délice.
Chacun des danseurs est mis à contribution pour ses qualités artistiques personnelles. Laërte, le frère d’Ophélie est un extraordinaire interprète de street danse; Ophélie très gracieuse flirte avec les acrobaties; les deux quasi jumeaux que sont Rosencrantz et Guildenstern réalisent des duos magnifiquement coordonnés, alors qu’Hamlet, interprété par Guillaume Côté lui-même, excelle dans le ballet classique. Toutes les générations d’artistes sont représentées. Et tous les danseurs excellent dans leurs performances individuelles, en duo ou en tableaux collectifs harmonieusement agencés.
Avec un minimum d’accessoires, mais l’ingéniosité de la troupe discrète d’Ex-Machina, on assiste à l’apparition du spectre trop grand pour être contenu sur scène, à la représentation à l’envers du théâtre dans le théâtre, ou à la tragique noyade d’Ophélie emportée par des flots monumentaux.
La très belle musique composée spécialement pour la pièce rend compte de chaque moment tragique. Avec d’élégants costumes, quelques tables, quelques masques d’acteur et quelques épées, tous les moments forts sont là, mis en vedette par la seule beauté des corps et de leurs mouvements harmonieux et superbement réalisés.
Hamlet, mélancolique, perçoit dès le début le destin effroyable qui est le sien. La scène finale du duel est très joliment mise en scène avec de grands rubans, rouge comme le poison et blanc comme l’innocence ou la naïveté. Elle encadre l’œuvre complète composée de nombreuses trouvailles et de superbes chorégraphies, pour demeurer toujours fidèle au talent de l’immortel Shakespeare.
Hamlet, Prince du Danemark
Conception et mise en scène: Robert Lepage
Co-conception et chorégraphie: Guillaume Côté
D’après l’œuvre de William Shakespeare
Avec: Guillaume Côté, Kealan McLaughlink, Sonia Rodriguez, Great Hodgkinson, Robert Glumbek, Carleen Zouboules, Lukas Malkowski, Natasha Poon Woo, Michel Faigaux, Jake Poloz, Connor Mitton et Willem Sadler
Hamlet, Prince du Danemark, du 13 au 23 mai 2026 au Monument-National





