Les amateurs de gènes préhistoriques attendent depuis longtemps la recherche qui lèvera le voile sur l’Homo erectus, un lointain cousin disparu il y a au moins 100 000 ans. Est-il relié à nous ou est-il disparu sans laisser de descendance? Une découverte annoncée cette semaine révèle que le lien se cache peut-être dans des protéines.
L’étude, parue dans la revue Nature, porte sur les dents de six individus vieux de 400 000 ans et retrouvées dans trois endroits différents en Chine.
Il faut se rappeler que, pour décoder les gènes de nos lointains ancêtres ou cousins, l’échelle de temps pose problème. L’ADN est une molécule qui se dégrade en quelques milliers d’années et c’est seulement par fragments qu’on est parvenu petit à petit, depuis 2009, à décoder des génomes de Néandertaliens (nos plus proches cousins, dont les derniers représentants ont vécu en Europe il y a environ 28 000 ans). Puis à décoder deux génomes de Dénisoviens, des cousins qui ont plutôt vécu en Asie, il y a 50 à 200 000 ans.

Vous aimez nous lire et nous écouter? Pour continuer de vous offrir nos contenus, nous avons besoin de vous.
Pour seulement 5$ par mois, contribuez au succès de Pieuvre et obtenez l’accès à La Voûte, une série d’épisodes exclusifs du podcast Rembobinage. Abonnez-vous dès aujourd’hui!
Difficile de trouver des preuves
Mais avec l’Homo erectus, on parle d’une distance temporelle qui rend beaucoup plus difficile de pouvoir récolter quelque matériel génétique que ce soit. Il s’agit du premier pré-humain à avoir quitté l’Afrique, il y a 1,8 million d’années, et on en retrouve des traces, qui vont d’un peu plus de 100 000 ans à un peu plus d’un million et demi d’années, sous la forme d’os et d’outils, en Europe et en Asie.
La question d’une hybridation avec d’autres « cousins » dont Homo erectus aurait croisé la route, est toujours restée pendante.
C’est donc à cette question que prétend répondre la nouvelle étude, parue le 13 mai. Dans l’émail des dents de ces six individus — cinq mâles et une femelle — les chercheurs ont identifié 11 protéines et des centaines de « positions » d’acides aminés, qui sont les composants des protéines. On parle de « positions » parce qu’une des façons de catégoriser les acides aminés repose sur la position d’un groupe, dit amine, par rapport à l’autre groupe, dit carboxyle. Or, ce qui est important derrière ce jargon, c’est que deux de ces variants d’acides aminés étaient présents chez les six Homo erectus; l’un ne se retrouve pourtant dans aucune des lignées d’humains connues, et l’autre a été observé chez les Dénisoviens, de même que chez nous.
« L’extraction » de protéines d’une dent d’Homo erectus n’est pas une première: une étude à ce sujet avait été publiée en 2020. Mais c’est la première fois qu’on peut s’en servir pour établir un « lien génétique » avec nous, écrivent les chercheurs dans un communiqué de l’Académie chinoise des sciences.
Avec, toutefois, un gros bémol: en l’absence de matériel génétique plus complet, peut-on prouver hors de tout doute que ces six individus sont des Homo erectus? C’est le doute qu’émet le paléoanthropologue John Hawks, de l’Université du Wisconsin, qui n’a pas été impliqué dans l’étude. Les trois sites ont révélé des ossements d’Erectus, mais ces dents auraient-elles pu appartenir à des hybrides entre Homo erectus et Dénisoviens? Hawks rappelle qu’un des deux génomes de Dénisoviens décodés avait, l’an dernier, révélé l’existence, parmi ses ancêtres, d’un groupe humain inconnu.
La prudence est alimentée par le fait qu’on attribue le nom « Homo erectus » à des fossiles éparpillés de l’Europe à l’Asie et couvrant plus d’un million et demi d’années: il n’est pas impossible que, dans les 20 prochaines années, à mesure qu’on plongera dans ces protéines, le portrait se révèle plus complexe. De la même façon que le portait des Néandertaliens et des Dénisoviens s’est complexifié depuis 20 ans, à mesure qu’on pénétrait dans leurs génomes…
Image: https://DepositPhotos.com





