Michel Rivard pense à la mort; est-ce étonnant, pour un homme qui a dépassé les 70 ans, et dont le visage porte les marques de l’usure du temps? Et sur les planches du Centre du théâtre d’aujourd’hui (CTDA), il se posera une question lourde de sens: Après, on va où?
Que l’on considère ce questionnement comme étant rhétorique – ou non –, impossible de ne pas avoir le sentiment, en s’approchant du crépuscule de son existence, qu’il est nécessaire de faire le bilan, de prendre du recul.
A-t-on été une bonne personne? Qu’est-ce que cela veut dire, au juste, d’être « bon »? Parle-t-on de succès? D’empathie? D’amour? De présence pour sa douce moitié et ses enfants, le cas échéant? Et que veut-on laisser en héritage?
Sur scène, Michel Rivard entrecoupe ses réflexions personnelles de chansons jouées à la guitare acoustique, accompagné d’un trio de musiciens. Et pendant 90 minutes, le voilà qui procèdera à une exploration de la beautée, de la simplicité, mais aussi de l’abnégation. Car le temps passe, inexorablement. Et « la vie est si fragile », chantait son contemporain Luc De Larochellière.
Mais s’il a pourtant l’habitude des concerts et du public, on pourrait croire qu’avec Après on va où?, Michel Rivard se cherche un peu. Parfois hésitant, semblant ne pas trop savoir quoi faire de tout cet espace qui lui est offert, il semble trouver refuge dans ses nombreuses guitares, qui empoignera régulièrement pour interpréter une nouvelle pièce.

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Qu’on se le dise: ce n’est pas que l’auteur-compositeur-interprète n’a pas offert un rare moment de beauté et de douceur, dans ce monde plongé dans le chaos; c’est plutôt que si le CTDA évoque un « théâtre-récit mêlant poésie et chanson », nous sommes surtout dans la prestation musicale, avec quelques phrases lancées ici et là.
On aurait aimé, sans doute, que M. Rivard consacre davantage de temps à ses réflexions parlées, qu’il semble aller davantage en profondeur et creuse ces sujets éminamment importants, sur le plan philosophique, plutôt que de se contenter de ce qui ressemblait parfois au strict minimum.
Peut-être en demandait-on trop à l’artiste; après tout, si les grands penseurs et les figures religieuses sont toujours incapables de s’entendre sur le sens de l’existence, qui pourrait bien obliger Michel Rivard à évoquer autre chose que sa propre vérité, le résultat de ses propres réflexions?
Quoi qu’il en soit, nous voilà en présence de l’un des grands de la chanson québécoise. Un homme à l’heure des bilans. Un homme qui utilise la beauté et la tendresse pour répondre à l’une des plus grandes questions de l’histoire de notre espèce: Après, on va où? La moindre des choses consiste à l’écouter.
Après, on va où?, de Michel Rivard, mise en scène de Marie-Thérèse Fortin
Au CTDA, jusqu’au 9 mai





