Le déclin démocratique se poursuit, un peu partout dans le monde, et avec lui, la liberté de presse continue de prendre du plomb dans l’aile. À preuve, le plus récent bilan de Reporters sans frontières (RSF), qui évoque le « pire score » depuis un quart de siècle.
Selon ce classement 2026 de la liberté de presse, plus de la moitié des pays dans le monde se trouveraient dans le « rouge », c’est-à-dire que la situation des médias y serait « difficile », voire « très grave ». Pire encore, RSF souligne, dans son rapport, que la criminalisation du journalisme prend de l’ampleur, y compris chez nos voisins du Sud, où la situation se dégrade grandement sous l’administration Trump.
Pour Anne Bocandé, directrice éditoriale de RSF, « si les attaques contre le droit à l’information se diversifient et se sophistiquent, leurs auteurs, eux, ne se cachent plus: États autoritaires, pouvoirs politiques complices ou défaillants, acteurs économiques prédateurs et plateformes devenues incontrôlables portent une responsabilité directe et écrasante ».
Signe que les médias traversent une crise importante, cette dégradation rapide du climat de travail et de la liberté de presse s’accompagne de « mécanismes de protection qui restent trop faibles », dit encore Mme Bocandé, qui déplore que « le droit international s’effrite et l’impunité prospère ».

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Une carte interactive publiée par RSF témoigne de ce lent glissement vers l’autoritarisme: en 2013, on comptait encore plusieurs pays où la situation de la liberté de la presse était considérée comme « bonne », y compris le Canada et plusieurs pays européens, notamment la Scandinavie, l’Allemagne, l’Autrice et la Pologne.
Treize ans plus tard, la situation est toute autre: seuls la Scandinavie, les Pays-Bas et l’Irlande semblent échapper à la lame de fond, alors que la liberté de presse s’est dégradée un peu partout ailleurs, notamment au Canada, mais aussi aux États-Unis. Et en Asie, sauf de très rares exceptions (Japon, Mongolie, etc.), les voyants sont partout au rouge, y compris en Russie et en Chine, sans surprise, mais aussi en Inde, en Turquie, dans les anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale, etc.
Rien de beau chez l’Oncle Sam
Un quart de siècle après les attentats du 11 septembre, qui ont provoqué l’adoption de quantité de lois devant protéger la population, les États-Unis deviennent lentement une nation où la pratique du journalisme est criminalisée, et où la liberté de presse est toujours plus fragilisée.
Ainsi, le pays de l’Oncle Sam, sous Donald Trump, perd sept places au classement, en 2026, pour se retrouver en 64e position. On y évoque ainsi un « recul significatif de la liberté de presse ». Au nord de la frontière, la situation est largement différente: le Canada gagne une place dans le palmarès, en 20e position.
Tout n’est pas rose, toutefois: selon Boris Proulx, correspondant parlementaire pour Le Devoir à Ottawa, le gouvernement de Mark Carney a adopté les mauvaises pratiques de son prédécesseur, Justin Trudeau, et a ajouté ses propres restrictions au travail des médias.
Quant au Mexique (122e), le changement à la tête du pays n’a pas changé grand-chose: « D’une année à l’autre, le Mexique reste l’un des pays les plus dangereux au monde pour les journalistes », écrivent les spécialistes de RSF.
La situation est encore pire en Amérique du Sud, notamment dans la foulée de l’assassinat de journalistes en Équateur, au Pérou… Même un pays considéré comme plus « libéral », l’Argentine, perd des plumes en chutant de 11 places (98e position), dans la foulée des actions du président Javier Milei, qui a « emprunté le manuel du locataire de la Maison-Blanche contre les médias ».
Hécatombe en Asie
De l’autre côté du globe, seuls la Mongolie, le Japon et la Corée du Sud semblent surnager, même si leur situation n’est pas parfaite, non plus. Partout ailleurs, RSF fait état d’une répression généralisée, d’opacité gouvernementale, d’entrave au travail des journalistes, voire d’arrestations arbitraires et d’exécutions.
La Chine et son allié nord-coréen se retrouvent d’ailleurs en queue de peloton; seule l’Érythrée obtient un résultat pire que ceux de Pékin et Pyongyang.
Mais les rivaux géopolitiques de Xi Jinping n’ont pas de quoi plastronner: l’Inde se classe en 157e position; le Vietnam est 174e, le Pakistan est 153e…
« La balle est dans le camp des démocraties et de leurs citoyens. À eux de faire barrage à ceux qui organisent le silence. Car la contagion autoritaire n’est pas une fatalité », conclut, sur une note d’espoir, Anne Bocandé.





