Sur tes traces, une oeuvre présentée dans le cadre du Festival Trans-Amériques (FTA), propose quelque chose de radicalement différent: un chassé-croisé dont le spectateur ne pourra entendre que la moitié.
Dany Boudreault est originaire du lac Saint-Jean; Gurshad Shaheman est un Français né en Iran. Chacun des deux amis part à la recherche de la vie de l’autre, de ses relations amicales et familiales, de ses amours, des difficultés rencontrées du fait de son homosexualité. Gurshad se rend au Lac Saint-Jean, Dany qui ne peut pas franchir la frontière iranienne, enquête en France, en Turquie, au Liban où Gurshad a rencontré l’homme qu’il a épousé.
Ainsi, dans cette sorte d’autofiction documentaire, faite de témoignages qui semblent authentiques, les récits des deux artistes sur scène sont simultanés. Les spectateurs sont munis d’un casque d’écoute qui ne leur permet d’entendre que l’un ou l’autre des protagonistes, selon leur décision du moment. Dany raconte l’histoire de Gurshad, pendant que Gurshad raconte l’histoire de Dany. Impossible, pour le spectateur, d’être attentif aux deux récits, le casque n’en restitue qu’un, jusqu’à qu’il appuie sur le bouton permettant d’entendre l’autre.
La formule est intéressante, mais un peu frustrante, à moins de retourner voir le spectacle. On aimerait savoir ce que dit l’autre, mais c’est ainsi. J’ai davantage écouté Dany, curieuse que j’étais de sa rencontre avec les amis et la famille iranienne de Gurshad, tous dispersés à travers le monde sauf le père, toujours en Iran. Quand par moment j’ai basculé sur les propos de Gurshad, j’ai manqué des épisodes de ceux de Dany.
La démarche de la quête identitaire de l’autre à travers les traces et souvenirs qu’il a laissés chez des acteurs importants de sa vie est intéressante. Nous laissons tous des impressions sur les autres, des traces, des sentiments, des avis. Et lorsque nous nous racontons, ce récit tout sincère qu’il soit diffère toujours des souvenirs que d’autres en ont gardé.
Ce n’est pas tant la recherche d’une bonne version des faits qui est intéressante. Plutôt la confrontation avec des manières d’être dont on est issu quand on a changé de langue, de pays, de destinée.
Le récit de Dany restitue bien quelque chose de la personnalité de la mère, de la grand-mère, des oncles ou de la sœur de Gurshad. Ceux-là ont fuit le régime totalitaire iranien et se sont adaptés à de nouveaux genres de vie, tout en conservant quelque chose de leur identité d’origine.
Mais la pièce n’est pas que récit. Les acteurs naviguent dans un décor d’appartement avec chambre, cuisine, salon, salle à manger. Ils se font face ou vaquent à diverses occupations apparemment sans lien avec leur propos, se déshabillent, se rhabillent, se travestissent… effectuent toutes sortes de gestes difficiles à rattacher aux récits de vie.
C’est une sorte de sous-texte qui montre, sans qu’on comprenne très bien, de quoi est faite la réalité des deux amis éloignés dans leur identité d’origine mais proches dans leur identité sexuelle.
Sur tes traces
FTA
Une production de La Ligne d’Ombre et La Messe Basse
Du 30 mai au 1er juin 2024 au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, à Montréal





