L’art thérapeutique de Welcome to Marwen

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Tout au long de sa prolifique carrière, Robert Zemeckis n’a pas seulement réalisé des films, mais bien des œuvres indémodables qu’on regarde encore avec plaisir aujourd’hui (Back to the Future, Who Framed Roger Rabbit, Forrest Gump, etc.), et avec Welcome to Marwen, il signe un autre classique instantané.

Le 8 avril 2000, Mark Hogancamp, un illustrateur de bandes dessinées, est battu à mort par cinq inconnus à la sortie d’un bar après leur avoir confié qu’il aimait porter des souliers de femmes. L’artiste s’éveille d’un coma neuf jours plus tard avec des séquelles au cerveau, affectant sa capacité de dessiner comme sa mémoire. Sans aucun souvenir de sa vie avant l‘agression, Hogancamp se réfugie dès lors dans le monde imaginaire de Marwen, un village belge durant la Seconde Guerre mondiale qu’il a minutieusement reproduit dans sa cour, et à travers la figurine du Capitaine Hogie, il consacre ses journées à combattre des Nazis et à prendre des photos de ses aventures héroïques, jusqu’au jour où son existence est chamboulée par l’arrivée de Nicol, une femme venant de déménager dans la maison en face de la sienne, et dont la présence pourrait bien motiver Mark à réintégrer la réalité.

La pochette du boîtier

Welcome to Marwen aurait pu se contenter de relater l’histoire véridique de Mark Hogancamp et de son installation nommée Marwencol, qui a impressionné le monde de l’art par son incroyable souci du détail, mais le film constitue avant tout une ode à l’imagination, et à ses pouvoirs thérapeutiques. Le long métrage de Robert Zemeckis possède un petit côté Toy Story pour adultes, avec ses figurines animées participant à une guerre miniature, mais en reflétant le conflit intérieur qui déchire Hogancamp, et en faisant fidèlement correspondre chaque élément (et chaque personnage) du monde inventé avec le monde « réel », les effets spéciaux et les visuels viennent appuyer le scénario plutôt que de masquer sa faiblesse, et le résultat est une œuvre charmante et féérique qui réchauffe le cœur.

Steve Carell (40 Year-Old Virgin, The Office, etc.) excelle dans les personnages naïfs, et c’est encore le cas avec son Mark Hogancamp, un artiste blessé, vivant par procuration à travers les poupées et les figurines qu’il photographie. Leslie Mann, l’épouse et égérie du réalisateur Judd Apatow, campe avec beaucoup de naturel Nicol, la voisine dont l’arrivée bouleversera la vie du petit village fictif de Marwen. Diane Kruger (Inglorious Basterds) est Deja Thoris, la vilaine sorcière aux cheveux bleus, et apparaissant le plus souvent sous la forme de figurines qui leur ressemblent comme deux gouttes d’eau, les cinq femmes du commando secondant le Capitaine Hogie sont jouées par Eiza González, Leslie Zemeckis, Merritt Wever, Janelle Monáe, et une Gwendolyn Christie beaucoup plus féminine que dans son rôle de Brienne, la géantesse de Game of Thrones.

Image tirée du film

Il y a déjà eu un documentaire traitant du même sujet (intitulé Marwencol), mais la force de Welcome to Marwen est de donner vie au monde imaginaire de Mark Hogancamp, et de faire bouger ses figurines grâce à la magie de l’animation par ordinateur. Robert Zemeckis alterne constamment entre séquences filmées et animées, et ses rendus possèdent une facture évoquant Les Sentinelles de l’air, avec leurs GI Joe et leurs poupées dont les articulations des jointures sont bien visibles, et qui se cassent en deux lorsqu’elles chutent de trop haut. Il est assez cocasse de voir le Capitane Hogie, un militaire viril à la barbe de deux jours, porter des talons hauts dans la plupart des scènes d’action où il combat des Nazis, et le réalisateur se permet même une autoréférence, en incorporant un clin d’œil substantiel à Back to the Future.

Welcome to Marwen est disponible en édition Combo Pack, incluant le film sur toutes les plateformes existantes (Blu-ray, DVD et numérique). On a également droit à une quantité respectable de matériel supplémentaire. En plus de huit scènes retirées du montage, quatre revuettes accompagnent l’édition. La première se consacre aux personnages de l’histoire, et aux comédiens les interprétant. La seconde explore la carrière, et l’héritage de Robert Zemeckis. La troisième explique la création du village miniature de Marwen, et la dernière relate le processus de fabrication, et d’animation, des différentes poupées du long métrage.

Présentant l’art comme un mécanisme de défense, Welcome to Marwen est un film étonnant, poétique, drôle et poignant, qui utilise l’histoire de Mark Hogancamp pour livrer un véritable hommage aux pouvoirs de l’imagination.

8/10

Welcome to Marwen

Réalisation : Robert Zemeckis

Scénario : Robert Zemeckis et Caroline Thompson

Avec : Steve Carell, Leslie Mann, Eiza González, Diane Kruger, Janelle Monáe et Gwendoline Christie

Durée : 116 minutes

Format : Combo Pack (Blu-ray + DVD + copie numérique)

Langue : Anglais, français et espagnol


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À propos du journaliste

Patrick Robert

Cinéma, musique, jeux vidéo ou bandes-dessinées, Patrick partage sa passion pour la culture populaire depuis plusieurs années à travers les critiques, les entrevues, ou les textes d’actualité qu’il signe pour de nombreux médias, parmi lesquels le blogue de Ztélé, La Vitrine, Le Coin du DVD, et évidemment, Pieuvre.ca.

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  1. Pingback: Never Look Away – Quand sensibilité et barbarie s'entrecroisent - pieuvre.ca

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