Odysséo, de Cavalia, ou l’art de tourner en rond

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Après avoir envoûté la planète, et plus précisément l’Amérique, avec son spectacle Odysséo, Cavalia revient au bercail et s’installe pour la première fois à Montréal. Dommage, toutefois, que la ville en question en ait vu d’autres, et que cette production modeste ne sait pas toujours quoi faire de ses impressionnantes bêtes à quatre pattes à l’élégance monumentale.

Depuis que le Cirque du Soleil s’est emparé de la ville, pour Montréal, le cirque signifie maintenant bien des choses à défaut de n’avoir aucun lien avec les animaux, le choix le plus osé de l’entreprise qui s’est avéré au final assez gagnant à en croire son succès grandissant qui ne se dément toujours pas après toutes ces années. En s’intéressant uniquement aux chevaux et ses dérivés en termes de races et de taille (Odysséo en compte 70!), Cavalia ramène le spectacle sous chapiteau à une essence beaucoup plus simpliste et familiale et c’est dans un chapiteau certainement plus convivial qu’il nous convie dans son univers bordé par de nombreux tableaux féériques.

Disons qu’on a fait beaucoup de chemin depuis le Cheval-Théâtre de Gilles Ste-Croix, et qu’on a largement amélioré les techniques pour avoir tout en main afin d’en mettre plein la vue. Et comme la direction artistique et scénographique s’inspire très librement des pratiques du Cirque du Soleil, on y a une approche qui est certainement plus théâtrale que les cirques plus traditionnels, comme celui des Shriners.

Photo: Dan Harper.

Le hic toutefois c’est que les comparaisons s’arrêtent là puisque les moyens de Cavalia semblent décidément plus limités que l’entreprise qu’a fondé Guy Laliberté, sa maîtrise beaucoup plus malhabile et sa vision beaucoup moins précise. Avec un manque évident de fluidité et une sensation de répétition qui finit par énerver, Odysséo a envie de voir très grand, mais n’a pas le matériel nécessaire pour justifier d’en faire un spectacle d’une durée de deux heures incluant un entracte de trente minutes, sauf peut-être le coût plutôt exorbitant des billets.

De fait, plusieurs numéros acrobatiques (jolis néanmoins) ou chantés ou dansés ou même musicaux (merci le 21e siècle d’inclure une belle vitrine à la culture africaine au public majoritairement caucasien!) se font sans la présence de chevaux, sauf peut-être à mi-chemin pour rappeler la mission du spectacle, et le manque de fil conducteur, malgré son insistance à enrober de thématiques fortes et ciblées ses nombreux tableaux (près d’une quinzaine), pourrait sans mal aider à couper sans risque dans la durée des numéros en question (tous trop long sauf ce petit poney qui a trop rapidement fait son adorable tour de piste), mais aussi dans la quantité puisque beaucoup ne sont pas indispensables.

Il faut l’admettre, bien que le long pop quiz aux allures de Gala Méritas au départ donne une idée qu’on ne voudra pas nous séduire par une grandiloquence démesurée, le spectacle prend du temps à se placer et les premiers tableaux peinent à impressionner. On avouera aussi que malgré quelques tours de passe-passe sacrément bien réussis qui montre que les chevaux ont été savamment domptés, on a surtout l’impression de voir encore et encore différentes races de chevaux tourner en rond ad nauseam avec un travail d’éclairage souvent douteux et d’horribles projections ambiantes exposant des animations en trois dimension digne du début des ordinateurs. Pourquoi ne pas avoir filmé de vrais paysages si l’on voulait à ce point esquisser une si grande ode à la nature?

Cela étant dit, un peu à la manière de Volta du Cirque du Soleil, quand le spectacle profite rondement de ses possibilités et de son espace et qu’il dévoile l’étendue impressionnante de sa scène en pente qui simule de grandes plaines, nos yeux s’écarquillent davantage. Même chose pour ce numéro de carrousel qui intrigue, toutefois en vain.

Photo: Dan Harper.

Bien que son utilisation de l’eau est beaucoup moins justifiée que dans Luzia du Cirque du Soleil, et qu’on a surtout l’impression de voir des chevaux plutôt s’ennuyer et des artistes recevoir de la terre et de la boue en plein visage (si ce n’est plusieurs des spectateurs dans les premières rangées également), Odysséo ne manque pas toutefois pas de potentiel. De plus, d’être confronté à ces créatures grâce à une jolie proximité nous permet de réaliser l’aspect majestueux des chevaux et de tomber en amour si ce n’était pas déjà le cas.

Malheureusement, à cause d’une durée trop insistante et longuette, un manque de renouvellement dans ce qui se produit sous nos yeux et pas toujours la meilleure utilisation ou déclinaison de leurs idées et prémisses, au-delà des chevaux, ce Odysséo de Cavalia peine à se justifier avec panache face à la lourde offre de spectacles à grand déploiement qui nous sont présentés chaque année.

Néanmoins, pour les amoureux des chevaux qui n’en possèdent pas ou n’ont pas la chance d’aller faire du trot ou du galop par eux-mêmes, voilà une belle opportunité d’en voir une impressionnante sélection faire les cent pas pour eux, dans les limites du chapi’chevaux blanc.

5/10

Le spectacle Odysséo de Cavalia est encore présenté sous son chapiteau blanc situé à Montréal tout près du pont Jacques-Cartier jusqu’au 3 septembre prochain. Détails et billets au www.cavalia.com


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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...