L’industrie de l’assurance et de la réassurance court-elle à sa perte? Dans une publication anonyme intitulée Sounding the Alarm, publiée plus tôt ce mois-ci, des responsables haut placés et d’anciens dirigeants du monde de l’assurance affirment que non seulement leur secteur de l’économie ne communique pas bien les risques associés à la crise climatique, mais que les conséquences de cette crise pourraient être multipliées par l’incapacité des services d’assurance à… eh bien, assurer contre les catastrophes.
« Les changements climatiques ne découlent pas de nos actions, et ne relèvent pas explicitement de nous », écrivent ainsi les auteurs de cette note d’information. « Mais la fréquence, la gravité et l’imprévisibilité des dangers augmentent largement, tout comme la vulnérabilité de plusieurs pans de la société. »
Selon les personnes responsables de cette publication, qui refusent de dévoiler leur identité et qui vont jusqu’à utiliser l’application Signal pour communiquer sans risque de représailles, l’industrie de l’assurance et de la réassurance (qui consiste à assurer une compagnie d’assurance pour l’ensemble ou une partie des montants à verser en cas de sinistre, NDLR) dit « s’inquiéter du fait que les niveaux de risque que nous observons ne sont pas communiqués, ou ils sont mal internalisés par les gouvernements ».
« Sans intervention, ces risques physiques se transformeront en risques économiques majeurs », lit-on encore, dans cette note d’information.
Les auteurs rappellent d’ailleurs qu’en 2008, la crise économique a largement été alimentée par « l’affaiblissement du marché hypothécaire », et qu’avec la multiplication des catastrophes climatiques, un nombre élevé de propriétés qui ne sont pas assurées « pourraient créer une situation similaire ».

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Un sujet peu ou pas abordé
Les responsables anonymes en ont d’ailleurs contre ce qu’ils voient comme de l’inactivité ou carrément une stratégie de l’autruche, de la part de leur industrie.
« On pourrait s’attendre à ce que la question climatique et ses impacts sur le marché de l’assurance soient au coeur des discussions, mais ce n’est pas le cas », dénoncent-ils.
« Pourquoi? Parce que l’industrie a confiance dans sa stratégie pour réagir de façon à gérer son exposition au risque. »
Sauf que, mentionne la note d’information, cette stratégie consisterait largement à cesser d’assurer les groupes les plus vulnérables, que ce soit en augmentant considérablement le prix de la couverture d’assurance, ou en arrêtant carrément d’offrir des services à certaines tranches de la population, par exemple aux propriétaires de maisons construites en zone inondable, ou en bord de mer, où elles sont plus exposées à des événements climatiques extrêmes.
« Quelqu’un d’autre devra payer le prix de ces pertes non assurées. Cela n’est pas fait de façon volontaire, mais parce que notre industrie est amenée à se concentrer sur le court terme », écrivent les auteurs.
Pire encore, les personnes chargées de prévoir les futures transformations climatiques auraient reçu l’ordre « d’arrondir les nombres vers le bas » pour « éviter de créer de la panique et continuer à conclure des ententes ».
Les considérations économiques primeraient donc sur le réalisme des prévisions, au sein même d’une industrie qui doit pourtant prévoir le pire.
Les auteurs de ce document demandent aux gouvernements et aux investisseurs « de comprendre que nous fonctionnons dans une perspective à court terme qui va empirer les risques à long terme ».
« Nous favorisons la croissance trimestrielle, plutôt que la valeur ajoutée à long terme pour les actionnaires. »
Une catastrophe en plusieurs étapes
Le constat est clair, estiment ces responsables et anciens responsables anonymes: non seulement plusieurs secteurs de la société pourraient se retrouver dans une situation où il est impossible d’obtenir une assurance, y compris dans le secteur de l’immobilier, mais si l’industrie est incapable de payer ce qu’elle doit à ses clients, en raison de catastrophes climatiques majeures, ce sont aussi les investisseurs qui écoperont et verront leurs placements perdre de la valeur.
Cela est particulièrement vrai « pour les fonds de placement, qui espèrent prévoir plus de 5 à 10 ans dans l’avenir », lit-on dans le document.
Autre risque: les agriculteurs et éleveurs, bien souvent déjà aux prises avec une situation économique difficile, notamment la hausse du prix du carburant, en raison de la guerre en Iran, mais aussi une multiplication des événements météo extrêmes.
Si l’industrie agroalimentaire est incapable de s’assurer, et devant des risques climatiques plus élevés, alors c’est toute la chaîne d’approvisionnement alimentaire qui risquera davantage d’être frappée par des chocs économiques majeurs, voire de s’effondrer.
« Ce n’est pas un enjeu à long terme; les risques physiques dont nous parlons sont déjà en train de se matérialiser, et l’industrie réagit déjà en changeant la protection qu’elle procure. Cela entraîne déjà des conséquences économiques pour les communautés les plus touchées », concluent les auteurs.





