Les Démons d’Alexia : une bande dessinée magique

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Sorte de B.P.R.D. à la sauce belge, Les Démons d’Alexia propose un polar surnaturel des plus captivants, et la sortie du premier tome de l’intégrale constitue le prétexte parfait pour s’initier à l’univers magique créé par le dessinateur Benoit Ers et le scénariste Vincent Dugomier.

Devant la recrudescence des manifestations paranormales, le Centre de recherche des phénomènes surnaturels, une organisation fondée dans la foulée de la chasse aux sorcières de Salem et dont la mission est de combattre les agressions occultes menaçant la planète, embauche une exorciste débutante et douée du nom d’Alexia. Entre deux enquêtes, la jeune recrue essaie de percer les secrets du C.R.P.S., mais les réponses semblent se trouver à Yorthopia, un pays légendaire où toutes les connaissances ésotériques sont répertoriées. Malheureusement, le seul accès connu se situe dans la Zone 85, une partie du Centre condamnée suite à une catastrophe inexpliquée survenue en 1985. Alexia tentera d’élucider le mystère derrière cet événement ayant causé la disparition de 41 scientifiques, afin d’en apprendre davantage sur ses nouveaux employeurs, et sur ses propres origines.

La couverture de l’album

En raison de son organisation secrète combattant les forces occultes et de son univers de magie noire et de sorcellerie incluant golems, sorcières, envoûtements et pentacles, Les Démons d’Alexia évoque une version belge de B.P.R.D., ce qui est une bonne chose, puisque la série de Mike Mignola compte parmi ce qui se fait de mieux en terme de roman graphique pour adultes. Contrairement aux collègues d’Hellboy, les membres du C.R.P.S. ne sont pas des bêtes de foire, ce qui ne les empêche pas d’être déviants, chacun à leur manière, que ce soit Olof Zünd, le nécromancien cynique et arrogant, Harold Pleston, l’alchimiste toujours offusqué, ou Paolo Capaldi, le médium misogyne que personne n’a jamais vu.

Les polars surnaturels ont la cote depuis quelques années. Toutefois, Les Démons d’Alexia réussit l’exploit de sortir des sentiers battus, grâce à une intrigue qui se tient loin des clichés du genre, et à une héroïne foncièrement humaine, qui, en plus de se battre avec sa double nature de sorcière et d’exorciste, doit composer avec une mère n’approuvant pas son choix de carrière, et qui lui fait régulièrement savoir. Il s’agit d’une bande dessinée cultivée, multipliant les références à Carl Jung ou aux Clavicules de Salomon, et qui intègre des personnages historiques à son récit, notamment William Stoughton, l’administrateur de Salem devenu inquisiteur en 1692 et dont tous les descendants auraient assumé tour à tour la direction du C.R.P.S. depuis.

Une page de l’album

Benoit Ers possède un talent indéniable pour découper l’action en cases. Sa façon d’utiliser un style visuel qu’on associe habituellement aux bandes dessinées franco-belges des années 1960 et 1970 pour brosser un univers gothique et adulte produit un décalage très intéressant. Tout en esquissant des cerbères infernaux et des squelettes en décomposition, l’artiste n’appuie pas trop sur la violence graphique, et fait même preuve d’une certaine retenue. Pour la pendaison des sorcières par exemple, Ers se contente de montrer des pieds pendants dans le vide. On apprécie les nombreux objets hétéroclites et ésotériques jonchant chaque case, et si ses dessins « réalistes » sont réussis, l’illustrateur excelle dans la mise en scène du surnaturel, et ses paysages fantasmagoriques de Yorthopia sont rien de moins que mémorables.

Les Démons d’Alexia est un livre magnifique. La couverture de l’album a été faussement vieillie et usée pour lui donner les apparences d’un grimoire ancien, et la page contenant la préface est partiellement brulée dans le coin inférieur droit. Un marque-page en tissu bourgogne intégré à l’album ajoute encore à cette impression de vieux bouquin. En plus des quatre premiers tomes de la série (qui en compte sept), L’intégrale Tome 1 inclut également le récit d’origine paru dans Spirou (qui a valu des tonnes de désabonnements au magazine de l’aveu même de ses créateurs), et se termine par un dossier d’une quinzaine de pages sur les dessous du C.R.P.S.

Magnifique, magique et agréablement mature, Les Démons d’Alexia est un album d’une qualité exceptionnelle, que tous les bédéphiles majeurs et vaccinés voudront absolument ajouter à leur collection.

Les Démons d’Alexia – L’intégrale Tome 1, de Benoit Ers et Vincent Dugomier. Publié aux éditions Dupuis, 220 pages.

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À propos du journaliste

Patrick Robert

Cinéma, musique, jeux vidéo ou bandes-dessinées, Patrick partage sa passion pour la culture populaire depuis plusieurs années à travers les critiques, les entrevues, ou les textes d’actualité qu’il signe pour de nombreux médias, parmi lesquels le blogue de Ztélé, La Vitrine, Le Coin du DVD, et évidemment, Pieuvre.ca.

3 commentaires

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