Quand on débute la lecture d’Eau de rose et soda bread, de la regrettée Marsha Mehran, on peut penser que le titre du roman est annonciateur du genre de littérature.
En effet, tout semble aller pour le mieux dans la vie des trois sœurs iraniennes d’origine et qui sont maintenant installées dans un village de la côte ouest de l’Irlande. Elles font rouler le Babylone café et elles semblent vivre pleinement leur petite vie enfin tranquille.
Cela n’est pas sans rappeler le film Chocolat, dans lequel une chocolatière ouvre un boutique dans un village français conservateur et vient troubler les habitudes locales. Mais voilà que l’autrice d’Eau de rose et soda bread ne se contente pas d’illustrer la xénophobie de certaines des habitantes du village qui sont prêtes à inventer n’importe quel ragot pour se rendre intéressantes.
Au fil du roman, on met de côté le superficiel et on s’avance sur des chemins plus dramatiques. Qu’il s’agisse de la répression iranienne que les trois sœurs ont fuie, de la violence conjugale, du racisme ou encore de la surcharge mentale qui accable l’aînée qui se sent responsable du sort de ses sœurs.

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Si le style guilleret du début du roman fonctionne à merveille pour parler des choses plus légères, on assiste ensuite à une sorte de tour de force, alors que Mehran, sans changer de style arrive à traiter des sujets graves avec autant d’efficacité et de pertinence. Elle réussit même à intégrer un élément fantaisiste, l’apparition d’une sirène, sans tomber jamais dans le ridicule. Tout cela se tient.
Si certains personnages sont un peu caricaturaux, c’est sans doute parce que l’autrice a compris que la vie est ainsi faite et qu’elle a choisi de ne pas leur donner trop d’importance. À contrario, les personnages principaux sont bien développés et on s’y attache rapidement. Qu’il s’agisse de l’aînée qui se préoccupe de tout le monde, de la cadette qui en secret prévoit de changer de religion ou de la benjamine qui devient amoureuse et se questionne sur les rapports sexuels.
Et pour donner encore plus de saveur à l’histoire, la romancière n’hésite pas à décrire les pittoresques recettes concoctées par la cheffe de famille. Recettes qui sont d’ailleurs relayées à la fin de l’ouvrage.
Eau de rose et soda bread, une lecture tout à fait savoureuse, est publié en format de poche chez Picquier, après une traduction en français en 2023 et une parution originale en 2008.





