Disparition de grands joueurs, guerre en Iran, imposition de tarifs et contre-tarifs entre Washington et Ottawa… L’économie québécoise semble assaillie de toutes parts. Mais selon Mario Lefebvre, économiste en chef au sein du Groupe CoStar, la situation demeure stable. Pour l’instant, du moins.
« Le secteur [du commerce de détail] est surprenamment résilient », explique M. Lefebvre, lors d’une entrevue téléphonique accordée à Pieuvre.
« Pour l’instant, on parle encore de résilience; oui, le taux de chômage augmente, à 6,4%, mais quand je suis sorti de l’université, nous étions à 13%. Et donc, pour moi, 6,4%, ce n’est pas encore un cas où on appuierait sur le bouton panique », ajoute-t-il.
« Il se crée encore de l’emploi; de façon générale, l’économie a été capable de tenir le coup. Mais là, beaucoup de choses commencent à s’empiler: prix du pétrole qui ne devrait pas baisser de sitôt, échange de tarifs – on ne sait plus à qui est le tour, dans cette affaire… Tu me cognes, je te cogne, on se cogne… »
M. Lefebvre dit d’ailleurs « comprendre la grogne du public, qui dit « ça suffit! », sauf que si ton voisin se fait mal, tu n’es pas obligé de te faire mal, toi aussi ».
L’économiste est d’ailleurs formel: les contre-tarifs imposés par le gouvernement Carney, en réponse à l’offensive tarifaire de Donald Trump « va faire mal aux Canadiens ».
« Nous avons toutes sortes de produits, sur la liste [de contre-tarifs canadiens]: on compte jusqu’à 700 produits! », souligne-t-il. « Ce n’est pas nécessairement facile de trouver des substituts… Changer des comportements [d’achat], ce n’est pas quelque chose qui se fait rapidement. »
« Pour le consommateurs, après l’inflation d’il y a quelques années, les mauvaises nouvelles continuent de s’empiler… Jusqu’où ira cette résilience? Jusqu’où ira ce litige commercial? », s’interroge l’économiste en chef du groupe CoStar.
Ce dernier juge d’ailleurs que les économies canadienne et américaine « sont trop imbriquées » pour qu’une éventuelle entente commerciale soit autre chose qu’inévitable.
« Cependant », dit-il, « j’ai du mal à la voir arriver à court terme; je pense que c’est une question de mois, et qu’on n’attendra pas le prochain gouvernement américain ».
« On peut diversifier les échanges commerciaux – j’applaudis, d’ailleurs, ces efforts, mais il ne faut quand même pas penser qu’on peut tourner le dos à notre voisin et ses 350 millions de dollars, et entièrement acheminer nos exportations vers l’Europe et l’Asie », a encore indiqué M. Lefebvre.

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L’incertitude, le talon d’Achille
L’économie tient le cap pour l’instant, donc, mais qu’en est-il du long terme? Que doit-on dire aux entreprises qui doivent planifier de futurs investissements?
« C’est un impact dont on ne parle pas assez: nos investissements. Je comprends nos entreprises de rester, si l’on veut, sur les lignes de touche. Car si vous devez installer de la nouvelle machinerie, dans votre usine, cela fait tout une différence, dans votre investissement, de savoir si vous aurez, oui ou non, accès au marché américain », soutient M. Lefebvre.
Selon lui, « cette incertitude vient ralentir nos investissements, alors que nous sommes déjà à la traîne en termes de productivité… Cela prendrait des investissements pour secouer notre torpeur, mais ceux-ci ne viennent pas, parce qu’il y a énormément d’incertitude, de brouillard ».
« Cela, à moyen terme, cela pourrait faire mal; déjà, la croissance des investissements avait été nulle, en 2024, mais aussi en 2025… Pour moi, dans tous les effets que l’on pourrait examiner, dans cette histoire, celui-là pourrait avoir un effet sur nous, pendant longtemps », ajoute-t-il.
On pourrait, sans trop de difficultés, imaginer des impacts en cascade, alors que les entreprises n’investissent plus, en raison de la trop grande incertitude; à leur tour, les détaillants n’auraient peut-être pas accès à autant de produits que nécessaire, faute de productivité et de capacité d’achat des matériaux; enfin, le consommateur, au bout de cette longue chaîne, serait confronté à des prix encore plus élevés qu’ils ne le sont maintenant.
Avec, comme conséquence, le fait de devoir ch0isir entre les produits de première nécessité et la capacité de faire vivre l’économie dans son ensemble.
Pour l’instant, Mario Lefebvre se veut rassurant: « Le taux d’inocupation des commerces de détail est d’un peu moins de 3%… Même s’il est de 8% dans les centres commerciaux. C’est relativement faible. »
L’économiste en chef du groupe CoStar croit aussi que la demande repartira vers le haut, et que la situation avec les Américains se règlera plus tôt que tard.
Paradoxalement, la fermeture du géant La Baie, qui a libéré des « millions de pieds carrés » de surface, permet d’assurer une certaine stabilité, du côté des centres commerciaux, justement.
Pas question, croit ainsi Mario Lefebvre, de se retrouver avec une demande moribonde au moment où la construction de locaux, entamée avant l’éclatement de la crise des tarifs, se termine, provoquant une crise bien plus importante.
« Il n’y a pas d’apocalypse, dans le secteur du commerce de détail. »
« Les choses sont lentes, mais malgré vents et marées, on réussit à s’en sortir relativement bien, même si on ne peut pas sabrer le champagne, avec les résultats actuels », conclut M. Lefebvre.





