Avec la bande dessinée Les Basses Œuvres, un imposant pavé de plus de 400 pages, le scénariste Eldiablo et le dessinateur Nico Gems livrent une fable criminelle excessive, irrévérencieuse, ultraviolente et profondément ludique.
Combinant dans un enthousiasme contagieux les films de mafia des années 1970, les polars urbains des années 1980, les comics indépendants violents et les films d’exploitation américains, Les Basses Œuvres propose un récit choral où les trajectoires individuelles de sept individus bien différents, mais tous plus dysfonctionnels les uns que les autres, se croisent, s’entremêlent et finiront par s’entrechoquer de manière particulièrement spectaculaire et chaotique. L’intrigue prend place à Portfield, une ville fictive de la Californie. Qualifié par plusieurs de ses habitants de « véritable trou à rats », l’endroit est gangrené par la criminalité, et dominé par l’empire vacillant du mafieux Don Burine.

Le charme de la bande dessinée se trouve dans sa galerie de personnages loufoques évoluant dans l’orbite de Don Burine. Son épouse Amanda gère les comptes et les commandes de l’organisation illicite de son mari. Cesare, un homme de main prêt à trahir son patron pour prendre sa place, et son fidèle partenaire Gabino, un bandit végétarien aux préoccupations écologiques. Zara, une stripteaseuse endettée ayant quitté sa campagne natale avec l’espoir de devenir une actrice. Le lieutenant Sam Doomis, un policier déchu de Los Angeles cherchant la rédemption dans cette petite ville où la police semble fermer les yeux sur le crime organisé. Sans oublier El Chupacabra, un justicier masqué aussi enthousiaste qu’incompétent.
Avec Les Basses Œuvres, Eldiablo poursuit son exploration des marges, des losers et des univers où la violence côtoie l’absurde. Le récit fusionne plusieurs genres, sans jamais perdre sa cohérence. Le polar mafieux se mêle à la comédie noire, au fantastique, au récit de vengeance et même à la parodie de superhéros à travers El Chupacabra, un justicier en herbe s’en prenant violemment aux itinérants et aux petits délinquants tout en laissant tranquilles les vrais criminels de la ville. L’humour noir est omniprésent. Les dialogues sont percutants, vulgaires lorsque nécessaire, souvent très drôles et parfaitement adaptés aux personnages, puisque le scénariste possède un véritable talent pour écrire des criminels aussi pathétiques qu’attachants.

Le dessinateur Nico Gems déploie un style nerveux, agressif et extrêmement dynamique qui semble constamment sur le point d’exploser hors des cases dans Les Basses Œuvres. Les personnages possèdent des visages déformés, exagérés, qui renforcent la dimension satirique du récit. Les scènes d’action bénéficient d’un découpage énergique, multipliant les angles improbables, les perspectives forcées et les compositions audacieuses. Cette énergie visuelle possède toutefois son revers, et certaines séquences deviennent parfois un peu confuses, notamment lors des scènes d’action les plus chargées ou lorsque plusieurs personnages interviennent simultanément, et même si cette signature graphique est unique, le lecteur peut occasionnellement perdre le fil d’une confrontation ou d’une poursuite.
Si vous aimez les histoires criminelles complètement déjantées dans la veine de la série Il faut flinguer Ramirez, vous apprécierez à coup sûr Les Basses Œuvres, une bande dessinée débordante d’énergie, d’humour noir et de créativité visuelle.
Les Basses Œuvres, de Eldiablo et Nico Gems. Publié aux éditions Les Humanoïdes Associés, 440 pages.





