Pour son second long-métrage, l’actrice, scénariste et réalisatrice Maggie Gyllenhaal s’inspire de l’œuvre de Mary Shelley pour réimaginer le personnage de la fiancée de Frankenstein avec The Bride!, un film complètement iconoclaste maintenant disponible en 4K, Blu-ray et DVD.
À Chicago en 1936, le « monstre » créé par le savant suisse Victor Frankenstein cogne à la porte du docteur Cornelia Euphronius avec une requête pour le moins spéciale. S’il est intimement familier avec la douleur physique, ce dernier n’a jamais connu les plaisirs de la chair, mais au-delà d’un simple assouvissement de sa sexualité, il désire surtout de la compagnie après plus d’un siècle de solitude. La scientifique accepte de l’aider et réanime le cadavre d’Ida, une jeune femme qui vient tout juste de mourir après avoir été poussée dans les escaliers par les hommes de main de Vito Lupino, un chef de la mafia contre qui elle a osé parler. Loin d’accepter le rôle qu’on lui assigne, la promise d’outre-tombe développe sa propre conscience et entraîne la créature qui se fait désormais appeler Frank dans une trajectoire imprévisible faite de passion et de violence.

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Avec The Bride!, la réalisatrice Maggie Gyllenhaal ne se contente pas de revisiter The Bride of Frankenstein, un classique du cinéma d’horreur de 1935, mais choisit plutôt de se réapproprier le personnage de la fiancée, longtemps présentée comme une créature silencieuse uniquement définie par le lien conjugal avec son célèbre compagnon, pour lui donner une voix, un désir, et surtout une rébellion. À mi-chemin entre le conte gothique, la romance tragique, l’histoire de gangsters, la satire sociale et la fable féministe, ce long-métrage éclaté s’avère très différent des franchises formatées dominant l’industrie cinématographique hollywoodienne, et livre un commentaire mordant sur une société qui marginalise tous ceux et celles refusant d’entrer dans le moule et qui fabrique ses propres monstres avant de les mettre à mort.

Visuellement, The Bride! est spectaculaire. La cinématographie combine l’imagerie gothique traditionnelle avec l’esthétique urbaine de la Grande Dépression. Bien que Gyllenhaal ne cherche pas à livrer un film d’époque et intègre parfois des chansons modernes à l’intrigue, la reconstitution est impressionnante, particulièrement celle de Times Square, et les décors, les costumes et les maquillages contribuent à créer un univers à la fois historique et hors du temps. Certaines séquences sont clairement inspirées par les films de monstres en noir et blanc d’Universal, d’autres par le cinéma impressionniste allemand, mais l’œuvre n’est jamais prétentieuse. Pour preuve, la réalisatrice insère même un clin d’œil très rigolo à la comédie Young Frankenstein de Mel Brooks.
Portant un maquillage modernisé rendant l’allure du monstre plus réaliste, Christian Bale préserve l’essence du Frankenstein classique, mais au lieu d’une créature terrifiante, il interprète ici un être profondément solitaire, marqué par le rejet et la quête d’amour. La véritable vedette de The Bride! est indéniablement Jessie Buckley, et celle-ci livre une performance électrisante dans le rôle de la fiancée, alternant entre une vulnérabilité presque enfantine et une énergie anarchique digne d’une héroïne punk. Le film aurait clairement été moins bon sans la présence de cette actrice accomplie. Penélope Cruz joue une femme se faisant passer pour la secrétaire d’un détective alors que c’est elle qui mène l’enquête. Annette Bening, Jake Gyllenhaal et Peter Sarsgaard complètent cette distribution sans failles.

La version ultra-haute définition de The Bride! comprend le film sur un disque 4K, ainsi qu’un code permettant de télécharger une copie numérique. On retrouve une trentaine de minutes de matériel supplémentaire sur l’édition, réparti en quatre revuettes. Dans la première, la réalisatrice explique son intention de présenter ces figures iconiques du cinéma sous autre éclairage. La seconde se consacre à l’esthétique du long-métrage, ses influences bauhaus et art déco, ainsi que les maquillages de Frankenstein et de la fiancée. Christian Bale et Jessie Buckley parlent de leurs personnages et de la relation entre eux dans la troisième. La dernière présente un portrait des autres membres de l’impressionnante distribution que Gyllenhaal a réussi à assembler.
Je ne comprends pas vraiment l’accueil mitigé qu’a reçu The Bride!, un film n’hésitant pas à prendre des risques et à sortir des sentiers battus. Ce long-métrage décoiffant, gothique, flamboyant et farouchement féministe ne vaut pas seulement le visionnement: il confirme le grand talent de Maggie Gyllenhaal comme réalisatrice.
7.5/10
The Bride!
Réalisation: Maggie Gyllenhaal
Scénario: Maggie Gyllenhaal (d’après l’œuvre de Mary Shelley
Avec: Jessie Buckley, Christian Bale, Annette Bening, Penélope Cruz, Peter Sarsgaard, John Magaro et Jake Gyllenhaal
Durée: 126 minutes
Format : UHD (4K et copie numérique)
Langue : Anglais, français et espagnol





