La foudre a frappé, mais cette Créature cinématographique est-elle vraiment vivante? Voilà des années que Guillermo del Toro, l’un des maîtres du cinéma fantastique, planchait sur son adaptation de Frankenstein, le roman de Mary Shelley publié au 19e siècle. Et après un récent lancement en salles, puis sur Netflix, le verdict tombe: la chose est belle, mais vide.
Jouer à Dieu pour tenter de vaincre la mort: voilà l’objectif du Dr Victor Frankenstein, profondément traumatisé par la mort en couches de sa mère, et par la présumée volonté de son père, un chirurgien aussi froid que méthodique, de sauver l’enfant, plutôt que sa femme.
Avec l’aide d’un riche industriel, qui est aussi l’oncle de la fiancée de son propre frère, voilà donc notre Dr Frankenstein, déjà ostracisé par ses pairs, qui tente l’impossible. Et il réussira: à partir de morceaux de cadavres, le voilà qu’il donnera vie à la Créature, un « homme » sans nom dont il doutera justement de l’humanité.
Déçu par sa création, il cherchera à s’en débarrasser. Mais constatera bien vite que ladite Créature est non seulement dotée d’une véritable conscience, elle est également immortelle. Entre les deux s’enclenchera bientôt une course poursuite sinistre et mortelle jusqu’aux confins du monde…
Sur papier, le film a tout pour fonctionner: outre Oscar Isaac, dans le rôle titre, on trouve Charles Dance, Mia Goth, Christoph Waltz, et surtout Jacob Elordi, qui donne vie au Monstre, dans cette distribution de haut vol. Sans compter l’apparition d’autres acteurs connus, ici et là.
Impossible, aussi, de nier que Del Toro a toujours autant le sens du spectacle. Les visuels, autant l’architecture de l’époque victorienne, parfois démesurée, que les atmosphères et les éléments plus sanglants, sont tout autant de sans faute.
Mais malgré tout cela… quelque chose cloche. À l’instar du Nosferatu de Robert Eggers, Frankenstein est trop… parfait. Trop beau, trop lisse, trop pensé pour que chaque scène ait la bonne composition, les bonnes couleurs, les bons angles, les bons éléments de décor.
Ajoutez à cela une bonne dose d’effets spéciaux par ordinateur qui sont plus ou moins réussis, et vous obtenez un film sans véritable âme. D’autant plus que les personnages sont largement unidimensionnels…
Cela ne veut surtout pas dire que Frankenstein est un mauvais film. Ou, encore moins, qu’il est raté. Simplement, avec une histoire qui est l’un des piliers fondateurs du fantastique (rien de moins!), il faut plus que de beaux atours pour impressionner les cinéphiles. Et malheureusement, la plus récente proposition de Del Toro laisse aussi froid que la peau de la Créature.





