La série d’anthologie Plan B a provoqué une sacré commotion dans notre paysage télévisuel, ressemblant à peu d’oeuvres existantes. Presque une décennie plus tard, voilà qu’on décide de fermer boutique avec une cinquième saison qui n’a pas peur de retourner là où tout a commencé. Les fans de la première heure n’auront aucun mal à être conquis.
D’abord conçu comme une seule saison, Plan B est devenu, de l’aveu de ses créateurs, un plan défini de cinq saisons histoire de boucler la boucle avant de se répéter.
Si l’on se réjouira de la scène d’ouverture qui ne sera pas sans rappeler quelques clins d’oeil qu’on s’est amusé à nous montrer tout au long des autres chapitres de la série, ne vous attendez pas à retrouver tous les personnages des saisons précédentes. L’idée a en fait été envisagée, mais abandonnée, faute de budget.
De fait, comme les fonds pour la création télévisuelle sont aussi limités que ce qui empêche les protagonistes d’utiliser ad nauseam le service de Plan B, compagnie fictive qui permet de revenir en arrière dans le temps, on a resserré l’intrigue et évité plusieurs fantasmes de scénaristes qui auraient pu faire de cette ultime saison la plus ambitieuse à ce jour.
Tant mieux, puisqu’on se retrouve peut-être avec la saison la plus délicate, en abordant de plein front la mort, inévitable, quoique souvent inconcevable.
Un peu comme si, à l’instar de Black Panther: Wakanda Forever, qui nous aidait à mieux accepter la mort de sa tête d’affiche Chadwick Boseman, on nous aidait cette fois à faire le deuil de la série qu’on s’est plu à aimer et détester de manière trépidante depuis 2017.

Bien que les autres pays s’intéressent d’avantage aux saisons mettant en vedette des personnages féminins, les auteurs Jacques Drolet et Jean-François Asselin, également réalisateur de toute la série, sont revenus vers ce qu’ils connaissent le mieux et ont tout misé sur un étonnant personnage purement masculin pour tourner la page.
Portés par la performance dévouée d’un Pierre-François Legendre, qui évoque les nombreuses lâchetés de son Carlos, dans Les invincibles, on pose une question fascinante: un minable a-t-il le droit à une deuxième chance?
Un peu comme la certaine misogynie qui sera toujours dans le coin gauche de la série, on coupera souvent les coins ronds sur la question, préférant la rédemption plutôt que la confrontation.
Impossible d’assumer en totalité que le personnage principal puisse entièrement être une mauvaise personne, façon Walter White dans Breaking Bad, et si l’on savoure chaque fois que le narcissique assumé (mais pas pervers, vaut-il la peine de bien préciser) se fait dire ses quatre vérités, on prendra bien soin de lui permettre de s’émanciper et, surtout, se racheter.

Après tout, Jean-François Asselin est clair, pour lui c’est un drame psychologique avant d’être un projet de science-fiction. Et les trois derniers épisodes de la saison risqueront d’en surprendre plus d’un, en n’utilisant presque plus les éléments fantaisistes distincts de la franchise.
Au contraire, on prend étonnamment son temps pour bien faire les choses, surtout durant l’épisode cinq, qui tirera grandement profit des mélodies de Mathieu Vanasse.
Celles-ci viennent reprendre, volontairement ou non, les motifs musicaux de Justin Hurwitz pour la trame sonore de First Man.

Dans cette oeuvre grandement aidée par une distribution de premier ordre, même dans des cameos qui donnent dans le meta ou dans ses rôles plus petits, incluant une imposante Isabelle Vincent qui hante littéralement tous les épisodes, on se délecte des évolutions ou des stabilités des personnages qui gravitent dans cet univers, en y découvrant toujours des variations auxquelles on peut s’identifier.
Madeleine Péloquin est fantastique dans le rôle de la mère des enfants et Catherine Chabot saura encore nous briser le coeur à quelques reprises, comme dans une scène qui nous fera certainement penser au récent film Folichonneries, dont elle était l’un des personnages principaux.

Les milieux des épisodes ne rivalisent, encore une fois, pas toujours avec les débuts et les fins, les spectateurs constatant souvent certaines évidences plus rapidement que les personnages, mais les questionnements fatalistes sur le destin, les répercussions de chaque geste et décision, tout comme les rapports souvent conflictuels envers la jeunesse, que le producteur Louis Morissette souligne être au coeur de chaque saison, continuent de passionner.
Amoureux des scènes et surtout des fins libres d’interprétation, ne vous surprenez pas si les nombreux épisodes vous donneront envie de débattre. Si le producteur Louis Morissette n’a toujours pas la même version de la fin de la première saison que Jean-François Asselin, les journalistes qui assistaient à la table ronde suivant la diffusion des deux derniers épisodes, lundi matin, ne s’entendaient pas non plus sur leur vision de la fin de la série. Et c’est voulu.
Cette saison finale de Plan B s’interroge donc sur le leg qu’on peut laisser derrière nous lorsqu’on n’est plus là, question narcissique ultime après tout, tout en nous faisant prendre conscience de l’impact d’une telle série sur le paysage télévisuel québécois.
6/10
Les trois premiers épisodes de la cinquième et ultime saison de la série Plan B arrivent ce jeudi 11 juin dans l’Extra de Tou.tv. Les trois derniers seront déposés le jeudi suivant.





