Le brillant cinéaste irlandais John Carney s’intéresse à la création, surtout musicale, depuis que son magnifique Once l’a mené aux Oscars. Power Ballad, possiblement sa proposition la plus accessible, nous ramène les irrésistibles attraits des comédies grand public dites feel-good. On ne boudera en rien notre plaisir!
Le mésestimé et pourtant excellent Begin Again n’ayant pas eu le succès escompté, John Carney s’est assuré de revenir au bercail et baigner ses productions originales, dans son Dublin chéri, pour en tirer des créations attirantes, mais envahies d’une humanité et une sensibilité distinctes.
Si Power Ballad le retrouve une fois de plus à essayer de conquérir de manière plus frontale notre côté de l’océan, une partie du film se déroulant à Los Angeles, il s’est assuré de garder les pieds sur terre et de ne jamais perdre de vue les charmes et l’authenticité qu’on lui aime tant.
Les thématiques de la vie rêvée et des rêves déchues, tout comme de l’espoir d’une vie meilleure, sont ainsi continuellement au coeur des intérêts du réalisateur.

Beaucoup plus posé et humble face au succès, reprenant en grande majorité son équipe devant et derrière la caméra depuis le fabuleux Sing Street, se permettant même un savoureux clin d’oeil à son film Once qui a lancé en grande pompe sa carrière internationale, M. Carney ajoute à son univers deux vedettes non négligeables.
Dans le champ gauche, un Paul Rudd vieillissant toujours aussi parfait que dans ses habitudes dans le rôle d’un rocker déchu et père de famille qui gagne sa vie dans un groupe de reprises pour animer les mariages.
Dans le champ droit, la jeunesse perdue judicieusement incarnée par un Nick Jonas qui rêve de percer au-delà de son passé de membre d’un Boys Band.
Pour les besoins du film, ils sont respectivement Rick et Danny, mais ce serait se mentir de dire qu’on réussit à effacer les stars derrière leur personnage.

C’est tant mieux, puisqu’on comprend sans mal que leurs propres expériences les ont aidés à façonner ces rôles qui semblent avoir été créés sur mesure pour eux. Cette utilisation d’un véritable chanteur à succès s’avère bien plus convaincante que lorsque Adam Levine, de Maroon Five, avait été appelé pour être aux côtés de Keira Knightley dans Begin Again.
Si certains moments sont aussi absurdes qu’amusants et qu’on a envie de penser à des films comme Music and Lyrics et The Wedding Singer, un des éléments les plus intéressants demeure essentiellement le développement de la réflexion sur l’industrie musicale et sur l’artiste, plutôt que celui d’une romance quelconque en parallèle.
Celles-ci, dans le sens purement hollywoodien du genre, n’ont d’ailleurs jamais intéressé Carney et on savoure dans le même ordre d’idées un dialogue entre le père artiste et sa fille qui lui indique que les femmes n’ont plus besoin de tomber en amour; désormais, elle préfère se faire chanter autre chose, que leurs aspirations ont changées.

Ce côté fort intuitif permet d’éviter les revirements trop prévisibles, surtout dans les confrontations. La chimie entre Rudd et Jonas est d’ailleurs épatante d’honnêteté.
Certes, au-delà d’un 98 minutes qui passent rapidement, on remarquera que les personnages féminins ont été relégués davantage à l’arrière-plan que ce à quoi le réalisateur nous a habitués, incluant dans le cadre de son sensible Flora and Son.
Havana Rose Liu méritait probablement mieux, alors que la nouvelle venue Beth Fallon fait mouche à chaque apparition, héritant de l’une des scènes les plus touchantes de la finale très réussie.

On ne dit toutefois jamais non à la présence de Jack Reynor, dans une performance ironiquement américanisée d’un personnage qui, contrairement à l’acteur, n’est pas irlandais.
En plus, le co-scénariste Peter McDonald s’est même offert le rôle du meilleur ami du protagoniste, qui a certainement un je-ne-sais-quoi évoquant Rhys Ifans dans Notting Hill, ou le genre de personnage qu’on retrouve souvent chez Richard Curtis.
Nul doute, toutefois, qu’il s’agit d’un film d’hommes qu’on a envie de représenter sans artifices et dans ce qu’ils ont de plus vrai.

La prémisse sur le vol de chansons d’artistes établis versus ceux de l’ombre, dont les procès et les accusations pleuvent chaque année, n’est probablement pas développée non plus à son plein potentiel, ce qui empêche peut-être le film d’atteindre les mêmes sommets que plusieurs des meilleures créations de John Carney.
Ses chansons originales co-créées avec Gary Clark, sans être aussi mémorables que par exemple Falling Slowly ou Lost Stars auxquelles ils n’avaient pas collaboré, pastiche allègrement les différents types de succès pop qu’ils énoncent.
Power Ballad, dont le titre s’amuse avec le nom de famille du protagoniste, demeure malgré tout l’un des films les plus agréables et réjouissants de cette année, en naviguant intelligemment entre succès et mélancolie, tout en ne négligeant pas un léger détour nostalgique. Parfait pour nous divertir et nous apaiser en salle sombre, au retour du beau temps.
7/10
Power Ballad prend l’affiche en salles le vendredi 5 juin.





