Bien qu’il ait reçu un accueil mitigé au moment de sa sortie, 18 années de recul et une édition en ultra-haute définition de Speed Racer permettent de constater à quel point ce film des Wachowski était en avance sur son temps, et mérite d’être visionné à nouveau.
Depuis sa plus tendre enfance, le jeune Speed a toujours été obsédé par la course automobile. Il faut dire que dans sa famille (qui porte le patronyme approprié de Racer), cette discipline est bien plus qu’un simple sport, c’est pratiquement une religion. Son père conçoit des bolides pour sa propre écurie, dont la célèbre voiture Mach-5, et son frère Rex était un pilote de renom jusqu’à ce qu’il ne décède dans un tragique accident lors de la compétition de Casa Cristo, un rallye ayant acquis la réputation d’être particulièrement dangereux.
Aujourd’hui âgé de 18 ans, Speed est un pilote prometteur que toutes les écuries voudraient bien engager. Lorsqu’il refuse l’offre du président des industries Royalton, ce dernier lui dévoile que toutes les courses sont arrangées d’avance, avant de mettre en œuvre une campagne de salissage pour le discréditer et le faire bannir de la compétition. Contacté par l’Inspecteur Détecteur et l’énigmatique pilote masqué Racer X, le jeune homme collaborera alors avec les autorités afin de mettre au jour la corruption du monde automobile.

Adapté de la série d’animation japonaise du même nom diffusée au petit écran à la fin des années 1960, Speed Racer est le tout premier long-métrage réalisé par les Wachowski après l’immense succès remporté par la trilogie The Matrix. S’il s’est avéré un échec commercial au moment de sa sortie en 2008, le film a fini par obtenir un statut culte au fil du temps grâce à son approche visuelle éclatée, ses superpositions d’images, ses mouvements de caméra impossibles et son montage extrêmement frénétique, des éléments peu fréquents à l’époque, mais beaucoup plus répandus dans le cinéma d’aujourd’hui.
Doté d’un ton très familial et de scènes humoristiques enfantines mettant en scène un chimpanzé, le scénario de Speed Racer, avec ses méchants stéréotypés jetant leurs ennemis en pâture à des piranhas, peut sembler assez naïf de prime abord, surtout en comparaison à celui de Matrix, mais cette structure relativement simple cache plusieurs thèmes récurrents chez les Wachowski: la lutte contre les structures de pouvoir, l’opposition entre intégrité et cupidité, l’individualisme versus le corporatisme, ou l’élévation de la passion comme ultime forme de liberté et d’émancipation.

Visuellement exubérant, Speed Racer conserve l’esthétique japonaise de la série animée dont il s’inspire, et propose une vision rétro du futur, tel qu’imaginé dans les années 1960. Composé à 90% d’images de synthèse créées par ordinateur, l’attrait du long-métrage se trouve surtout dans ses courses automobiles se déroulant à des vitesses vertigineuses de plus de 800 km à l’heure sur des circuits impossible qui défient la gravité, ainsi que dans ses combats véhiculaires époustouflants, qualifiés de « car-fu », et son explosion de couleurs est plus éclatante que jamais dans cette édition 4K.
Même si son personnage reste relativement simple psychologiquement et qu’il incarne davantage l’idée de la passion pure qu’un individu complexe, Emile Hirsch, qui joue le personnage principal, tire bien son épingle du jeu. John Goodman, Susan Sarandon et Christina Ricci apportent une chaleur humaine au récit malgré des rôles très limités. Les antagonistes sont caricaturaux, et Royalton (interprété par Roger Allam) symbolise un capitalisme vorace présenté avec très peu de nuances dans ce film fonctionnant selon une logique proche du conte ou du manga.

La version ultra-haute définition de Speed Racer contient le film sur un disque 4K et s’accompagne d’un code pour télécharger une copie numérique. On retrouve plus d’une heure trente de matériel supplémentaire sur l’édition. Dans une entrevue tournée spécialement pour cette réédition, les Wachowski partagent de leurs souvenirs du tournage. Une revuette présente la création des voitures et des circuits de course, les acteurs principaux discutent de leurs personnages dans une autre, une fausse émission brosse un portrait des membres de la famille Racer, et on a droit à une visite du plateau par le jeune acteur Paulie Litt dans la dernière.
Les Wachowski ont tenté une expérience esthétique totale avec Speed Racer, inventant au passage leur propre langage visuel, et même si le film est parfois excessif et maladroit, son audace et sa grande originalité sont beaucoup plus évidents aujourd’hui qu’au moment de sa sortie en 2008.
6.5/10
Speed Racer
Réalisation: Lana et Lilly Wachowski
Scénario: Lana et Lilly Wachowski (d’après la série animée de Tatsuo Yoshida)
Avec: Emile Hirsch, Matthew Fox, Christina Ricci, Susan Sarandon, Nichola Elia, Scott Porter, Paulie Litt et John Goodman
Durée: 135 minutes
Format : UHD (4K et copie numérique)
Langue : Anglais, français et espagnol





